‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 46 sur 57 · PRISE DU TROCADÉRO · texte numérisé non relu

PRISE DU TROCADÉRO

I.^es propriétés défensives du Trocadero avaient inspiré aux constitutionnels une grande confiance dans la force de cette position , qu'ils regardaient comme le boulevart de Cadix. Ils y avaient posté leurs meilleures troupes, et surtout un grand nombre d'artilleurs dévoués à la cause des cortès. Dans la nuit du 3o au 3i août iSaS, à onze heures du soir, les troupes désignées pour l'attaque furent réunies en arrière de la batterie dite d'Ângouléme , et formées ensuite en trois colonnes. Le lieutenant -général Tirlet avait fait préparer avec grande célérité un équipage de pont de bateaux , pour le jeter sur le fossé, immédiatement après que les colonnes se seraient emparées des retranchements. Tous les moyens en avaient été réunis sur le Rio San- Pedro, de manière à pouvoir promptement descendre le courant et s'introduire dans la coupure que les autorités espagnoles, après la levée du siège de 18 la, avaient faite à cette presqu'île pour l'isoler du continent, et établir les communications de la grande rade à celle de Puntalès. Le moment de l'attaque avait été fixé à deux heures et demie, la marée devant être assez basse pour que le passage pût s'effectuer sans inconvénient ; mais l'ardeur et l'impatience du soldat étaient telles , que le général Obert donna l'ordre d'avancer. Les colonnes d'attaque franchirent rapidement le parapet de la parallèle, au moyen de gradins que le lieutenant-colonel du génie Dupau y avait fait disposer , et se portèrent au pas de course sur la coupure où elles se jetèrent à l'eau , précédées par les capitaines Petit-Jean et Borne, le lieutenant Grooters et le caporal Hue, qui avait précédepiment sondé la profondeur. Au premier bruit de ce mouvement , l'ennemi borda les parapets des retranchements, d'où il dirigea un feu très vif de mousqueterie et de mitraille sur le point du passage ; mais rien ne put arrêter l'élan des troupes

françaises; elles franchirent la coupure ayant de Feau jusqu'aux épaules , et en moins de quinze minutes elles escaladèrent les parapets des retranchements aux cris de vive le roi! Les colonnes , ou divisions , se dirigèrent ensuite, ainsi qu'elles en avaient reçu l'ordre, à droite et à gauche , et prenant en flanc toute la ligne ennemie , la balayèrent d'un bout à l'autre en culbutant à la baïonnette la plus grande partie des canonniers espagnols, qui se firent tuer sur leurs pièces. Celles-ci, au nombi'e de quarante-cinq, furent aussitôt tournées contre l'ennemi. La colonne sous les ordres du général comte d'Escure se porta immédiatement sur le moulin retranché de Guerra , et surprit la réserve qui l'occupait. Ce mouvement fut si rapide, qu'une batterie en attaque volante, sur le Rio San-Pedro, destinée à appuyer l'assaut, ne put faire qu'une seule décharge. L'arme blanche eut les honneurs de cette journée. Le duc d'Angouléme, qui pendant l'attaque était resté avec son état-major au bord de la coupure, traversa le premier le pont que les pionniers avaient improvisé avant la pointe du jour et le retour de la marée haute. Sentant la nécessité de ne pas donner à l'ennemi le temps de se reconnaître, il fait former une colonne composée de deux bataillons du trente-quatrième et un du trente-sixième , sous les ordres du colonel Farincourt , pour attaquer le village et compléter l'occupation de la presqu'île ; un bataillon de la garde devait appuyer ce mouvement.

Les difficultés que le terrain opposait à la marche de cette colonne donnèrent le temps à un assez grand nombre d'embarcations de venir, dans le canal du Trocadero , recueillir une partie des fuyards ; mais les Français ayant précipité leur marche, malgré le feu qui partait du village et celui des canonniers et de la rade de Puntalès , réussirent à tourner la position , à la forcer , et à faire un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels se trouva le colonel Garces , membre des cortès et commandant supérieur du Trocadero. Cette seconde attaque, exécutée de jour, avait coûté plus de monde que la première; encore ne fut-ce point assez, par comparaison aux batailles désastreuses de l'empire ; et l'opposition , regardant en arrière , ne vit dans cette victoire qu'une petite pièce après la grande.

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