FOY
L'histoire de la jeunesse de Maxiinilien-Sébastien Foy , né à Ham (Somme), le 3 février 1776, est celle de tous les enfants précoces. A peine connut-il son père, qui avait assisté à la bataille de Fdntenpy et qui était devenu maire et directeur de la poste de sa ville natale; mais il lui restait sa mère, Elisabeth Wisbecky femme d'un mérite supérieur, qui sut admirablement cultiver cette belle et noble intelligence. A quatorze ans , le jeune Foy sortait du collège de Soissons, après avoir épuisé la série des études classiques, et entrait à l'école d'artillerie de La Fère; à seize ans, il partait pour l'armée du?{ord, en qualité de second lieutenant dans le 3" régiment d'artillerie (1790); en 179a, il assistait à la célèbre bataille de Jemmapes^.qui ouvrît la Belgique à l'invasion des républicains. En 1793, devenu premier lieutenant dans les canonniers à cheval, il improuvait hautement la proscription des girondinsAu 3i mai , et traduit par le proconsul Joseph Lebon devant le tribunal révolutionnaire de Cambrai, il y invoquait avec une imprudente franchise ce respect pour la liberté et la constitution f qui fut l'invariable loi de toute sa vie. Chose étrange en ce temps de rigueurs impitoyables coutreles individus suspects de mode*rantisme , il ne fut. que renvoyé eu prison et échappa à Téchafaud. Rendu plus tard à la vie militaire. avec le grçide de capitaine, il prit une glorieuse part à la campagne de 1796, sous les ordres de Moreau, et faillit être emporté par un boulet de canon au passage du- Rhin , à Diet*sheim , le 1^^ floréal an v. Nommé chef d'escadron sur le champ de bataille,. le blessé de Diersheim s'en alla prendre des leçons de droit public à.Strasbourg sous le professeur Koch; puis en 1798, il se rendit avec son régiment à l'armée d'Angleterre, d'où il ne tarda pas à être rappelé pour l'expédition d'Helvétie. Là, il assista à toutes les brillantes manœuvres de cette vaillante firmée du Danube qui, sous les ordres de Masséna, préserva le territoire républicain et désorganisa les efforts de la coalition. Devenu adjudant-général, chef de brigade, Foy suivit en Allemagne le général Moreau (1800) et ne 5e sépara de lui que pour aller opérer avec le corps du général Moncey une habile diversion dans les Grisons et dans la Yalteline, au moment où le premier consul descendait en Italie par le mont Saint-Bernard. Commandant de la place de Milan en 1801 , colonel
d'artillerie après la paix d'Amiens, il fut presque impliqué dans la conspiration de Georges Cadoudal, à cause de ses relations avec Moreau, et, l'orage passé, il n'en vota pas moins contre l'élévation de Napoléon au trône impérial. Le nouvel empereur, qui ne pardonnait guère l'opposition, n'en continua pas moins à l'employer ; mais le colonel d'artillerie perdit pour quelque temps toute chance d'avancement dans la hiérarchie militaire. Envoyé tour à tour en Autriche, dans le Frioul, à Constantinople (1807) , en Espagne, Foy servit toujours avec la plus haute distinction et acquit la réputation d'un des meilleurs et des plus intelligents ofBciers de l'armée; aussi 6nit-il par obtenir le grade de général de brigade après la bataille de Vimeîro. Ce fut là la plus rude époque de sa vie militaire, et les épisodes romanesques n'y manquent pas. Porteur d'une sommation du maréchal Soult à la ville d'Oporto, en 1 809, il fut brutalement jeté dans un cachot et ne dut sa délivrance qu'à 1 entrée des Français dans la place assiégée. Chargé, en 1810, d'aller rendre compte à Napoléon de l'état des opérations dans la Péninsule, il fut attaqué en route par une bande de guérilleros , renversé d'un coup de feu, et sauvé à grand' peine par l'arrivée d'un secours imprévu; mais son récit des événements qui se passaient en Espagne fit une si vive impression sur l'Empereur, qu'il le créa sur-le-champ général de division. De retour au-delà des Pyrénées, il y déploya son activité et son coup d'oeil ordinaires, et lorsque le temps des revers fut arrivé, les situations difficiles ne le prirent jamais au dépourvu. Blessé, en 1 8 14, à la bataille d'Orthez (c'était sa quatorzième et avant-dernière blessure), il ne put reparaître sur la scène qu'après la chute de la domination impériale, et iKaccepta du nouveau gouvernement la place d 'inspecteur-général d'infanterie. La funeste journée de Waterloo, où une balle lui traversa l'épaule, vit se terminer sa carrière militaire, et le soldat de l'Empire se fit l'historien de cette guerre de la Péninsule à laquelle il avait pris une si grande part. Mais l'épée une fois remise dans le fourreau, la parole lui restait, et le département de l'Aisne le choisit en 18 19 pour son représentant à la Chambre' des députés. Ici commence pour le général Foy un nouveau genre de succès, plus éclatants que ses exploits de guerre, et lorsqu'il mourut, le a8 novembre iSaS, après une longue et douloureuse maladie, cent mille citoyens en deuil assistèrent à ses funérailles. La France entière considéra sa disparition de la scène politique comme une immense perte, et la douleur fut si profonde que la nation ne crut pouvoir mieux honorer sa mémoire et s'acquitter envers lui qu'en adoptant par acclamation ses cinq enfants , auxquels il ne laissait pour tout héritage que son illustre nom.