BATAILLE DE NAVARIN
La France, l'Angleterre et la Russie, tout étonnées de se trouver ensemble, allaient au nom de l'humanité émanciper la Grèce; les trois escadres combinées avaient pris position à Navarin , et le droit d'ancienneté assigna le commandement supérieur au vice-amiral Codrington.
I^e ao novembre i Sa^ , à midi , le vent se trouvant favorable , les signaux de préparation furent faits; chacun prit son poste, le vaisseau amiral anglais FAsia, en tête, suivi de t Albion et du Genoa, la frégate la Sirène portant pavillon de l'amiral Rigoy , le Scipion , le Tridentet le Breslaw, puis l'amiral russe comte Haydn , suivi de trois vaisseaux et de quatre frégates.
Les Turcs avaient formé une ligne d'embossage en fer à cheval sur le contour de la baie , en triple ligne , formant un total de trois vaisseaux de ligne , un vaisseau rasé , seize frégates , vingt-sept grandes corvettes et autant de bricks. La force principale se trouvait réunie vers la droite en entrant et composée de quatre grandes frégates , deux vaisseaux de ligne , une grande fr^iate, un vaisseau, puis des frégates de divers rangs achevant le contour, et renforcés en deuxième ligne par les corvettes et les bricks. Six brûlots étaient placés aux extrémités du fer à cheval , pour être à même de venir se jeter sur les escadres alliées , si un engagement avait lieu , et au vent desquelles ils se trouvaient naturellement placés.
La frégate anglaise le Darmouth , capitaine Fellows , avait été envoyée deux jours avant à Navarin , pour porter à Ibrahim une lettre signée des trois amiraux ; mais cette lettre avait été renvoyée sans réponse , sous prétexte qu'Ibrahim n'était pas' présent.
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A deux heures, le vaisseau de tète, C^sia, douDait dans le port et avait dépassé les batteries ; à deux heures et demie, il mouillait par le travers du vaisseau amiral turc et était suivi par les autres vaisseaux anglais. La Sirène suivait, et à deux heures vingt-cinq minutes , le capitaine Robert la mouillait à portée de pistolet de la première frégate de la ligne turque ; en ce moment un canot de la frégate anglaise le Darmouth accostait un des brûlots auprès desquels elle avait mouillé quelques minutes avant, lorsqu'un coup de fusil, parti de ce brûlot , tua l'officier anglais qui commandait le canot. La Sirène était si près du brûlot, qu'elle aurait pu le couler s'il n'y avait pas eu de danger pour le canot anglais ; le Darmouth ât alors une fusillade sur le brûlot pour dégager ses embarcations. Presque à la même minute, la Sirène étant vei^e à vergue de la frégate égyptienne à deux batteries, tEsnina, l'amiral de Rigny la héla au porte-voix en disant que si elle ne tirait pas il ne tirerait pas sur elle : au même instant deux coups de canon partirent d'un des bâtiments qui étaient dans la poupe de la Sirène sur laquelle un homme fut tué , l'autre parut dirigé sur te Darmouth. Dès lors le combat s'engagea. Presque en même temps que cela se passait à l'entrée , l'amiral Codrington envoyait une embarcation vers le vaisseau portant pavillon amiral , et le pilote anglais fut tué d'un coup de fusil dans le canot parlementaire.
L'engagement devint bientôt général, qu'on se figure cent cinquante bâtiments de guerre de tous rangs, faisant feu dans un bassin resserré sur une triple ligne.
A cinq heures du soir la première ligne des Turcs était détruite, les vaisseaux et frégates rasés, coulés, incendiés, le reste s'en allait à la côte ou ils se brûlaient eux-mêmes. De cet armement formidable, il ne restait plus â flot qu'une vingtaine de corvettes et de bricks abandonnés.
Ainsi avait été accomplie la menace qui avait été faite à Ibrahim , que si un coup de canon était tiré sur les pavillons alliés, il y allait du sort de la flotte entière.
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DlIPERRE
Né à La Rochelle , le ao février 1 77$. Son père, trésorier de la guerre, le fît élever à l'oratoire de Juilly. 11 entra dans la marine marchande en sortant du collège, et partît pour les Indes en lygi- De retour en France, un an après, la guerre qui avait lieu avec la Hollande le porta à entrer dans la marine militaire. Lieutenant en 1799; après trois ans de captivité en Angleterre; attaché, en i8o5, à l'état-major du vaisseau monté par le prince Jérôme. 11 transportait des troupes à la Martinique, lorsqu'il fut coupé devant Lorient parle vaisseau anglais le Gibraltar et la frégate l'aigle; mais, après plus d'une heure de combat bord à bord, il parvint à forcer le passage, se réfugia à l'île de Groix, et gagna Lorient trois jours après, à la vue de l'ennemi. Il fut alors promu au grade de capitaine de vaisseau, prit le commandement de la frégate la Bethne qui armait à Saint-Malo , et partit pour l'ile de France ^ en 1 809. Il croisa aussitôt dans- les mers de llnde, prit la corvette anglaise le Fictor, plusieuiis bâtiments marchands, et la frégate portugaise la Minerva, dont il ne s'empara qu'après deux heures d'un combat opiniâtre. Le 1^ janvier 1810, le capitaine Duperré rentraà l'île de France avec ses prises, en présence de .l'escadre anglaise qui bloquait la colonie. Trois mois après , à la tète de la Bellone , de la Mir^t va et du Victor^ il reprit la mer et rencontra trois vaisseaux anglais de la Ckrmpagnie des Indes , qui transportaient te 34' régiment d'infanterie. Il les attaqua et les obligea d'amener. Lorsqu'il voulut rentrer à l'île de France , il trouva des forces considérables qui en bloquaient le N.-O-, et le fort qui commande l'entrée du port occupé par l'ennemi. Le capitaine Duperré conçut alors l'espérance de reprendre ce poste important : malgré une frégate anglaise qui mouillait à
l'entrée du port y il se dctermine à forcer le passage, et parvient à introduire sa division dans la baie. Le 24 août , il détruit les frégates anglaises la Magicienne et leSiriuSj enlève la Néréide ^ et prépare la reddition de ïîloî de la Passe et de la frégate tlphigénie. Blessé au visage dans ce combat qui durait depuis cinq heures , il fut renversé de dessus le pont dans la batterie , et emporté sans connaissance. Après la capitulation honorable de Tiie de France, le capitaine Duperré revint en France au commencement de 181 1 , et y trouva la récompense de ses services. L'empereur l'avait créé baron, et, par une exception très-remarquable dans Tordre de la Légion-d'Honneur , Tavait élevé de simple membre de cet ordre à celui de commandant. La même année, il fut nommé contre-amiral, et commanda l'armée navale de la Méditerranée. Au commencement de 18 12, il reçut le commandement en chef des forces françaises et italiennes dans l'Adriatique. T^ convention du 20 avril 18149 relative à l'évacuation de l'Italie, ayant omis, en ce qui concernait Venise, de parler de la marine, l'amiral Duperré se refusa d'abord à remettre les vaisseaux français , mais il les livra sur de nouveaux ordres du vice-roi. Revenant à la tête des marins qu'il avait commandés, il ne voulut s'en séparer que lorsqu'ils furent rentrés dans leur patrie. En juillet 18149 il fut fait chevalier de Saint-Louis, et préfet maritime, en 181 5, à Toulon, qu'il garantit des entreprises que cette place eut à redouter de la part des troupes anglo-siciliennes débarquées à Marseille. Trois ans plus lard, il retourna aux Antilles prendre le commandement de la station française, qu'il conserva jusqu'en 1821. Cette campagne lui valut le cordon de grand-officier de la Légion-dllonneur. En 1 823, pendant la guerre d'Espagne, il fut chargé, en remplacement du contre - amiral Hamelin, du commandement de l'escadre chargée du siège de Cadix. Il fit approcher sept canonnières françaises, trois espagnoles, et quelques autres bâtiments , à huit cents toises de la place, et la bombarda tout le temps que le vent le permit Cette tentative consterna les cortès, qui reconnurent qu'il leur était impossible de différer la reddition de la ville. (Biographie des contemporains.) Dans la campagne d'Alger, le rôle de l'amiral Duperré fiit plus en relief. C'est la grande page de son histoire. Disons pour mémoire qu'en 1824» il commandait les forces navales réunies en escadre d'évolution; qu'en 1826, il commandait l'escadre dans les mers des Antilles et du golfe du Mexique; que de 1 827 à 1 83o, il fut préfet maritime à Brest. Le i3 août i83o,il est amiral et pair de France, et en 1834» président du conseil d'amirauté et ministre secrétaire d'état de la marine et des colonies.
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