‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 56 sur 57 · LE DUC D'ORLÉANS ET LE DUC D'AUMALE · texte numérisé non relu

LE DUC D'ORLÉANS ET LE DUC D'AUMALE

A AFFROUN

Le a 7 avril 1840, l'armée passa la ChifTa ; elle marcha sur quatre colonnes. Le duc d'Orléans formait Tavant-garde avec la première division, moins les zouaves. Il avait Tordre de se prolonger dans la direction de Borji-el-Arbah , de passer TOued-Jer, et de prendre position à la tête du lac Alloulah , de manière à déborder le bois des Karesas , dans lequel les autres colonnes devaient pénétrer. La position fut prise sans avoir rencontré Tennemi. Enfin , vers quatre heures , au moment où la réserve arrivait au centre du bois des Raresas , toute la cavalerie du califah de Milianah , M*barek j déboucha par la gorge de l'Oued-Jer et se déploya parallèlement à notre flanc gauche. Le corps expéditionnaire se trouvait alors presque entièrement réuni ; il n'y avait pas de temps à perdre. Â gauche , larmée se forme en bataille ; la réserve se place entre la i**^ et la si* division, tandis que la colonne du brave Lamoricière s'échelonne en arrière de la division Rumigny.

Le duc d*Orléans avait compris qu'il s'agissait de déborder l'ennemi par ses deux ailes , pour le rejeter sur les montagnes de Mouzaïa , et déjà il était en marche dans la direction de la gorge de TOued-Jer.

Le duc d'Aumale avait suivi le prince royal comme officier d'ordonnance. Il débutait; le combat de TAffroun fut son baptême de feu. Son frère l'ayant envoyé porter un ordre au colonel Bourjolly au moment où il commençait une charge à fond sur les Arabes , le duc d'Aumale , au lieu de revenir après avoir rempli sa mission j suivit le mouvement de la cavalerie, gagna la tête du régiment , exécuta la charge , entendit siffler les balles et vit tomber des cavaliers à ses côtés. Ce fut pour lui un grand bonheur ; mais c'était un manquement sérieux à la discipline , qui lui prescrivait , non pas

de suivre Tinspiration de sa jeunesse et de son courage , mais de rejoindre son général pour lui rendre compte de Tordre qu'il avait donné. Le duc d'Orléans envoyait officier sur officier pour rappeler son frère, qui ne pouvait ni ne devait plus rétrograder. I/ennemi fut rejeté jusqu'au pied des hauteurs de TAfFroun , où le califah de Milianah avait son <*^mp depuis longtemps. L'ardeur avec laquelle la cavalerie avait chargé lennemi avait empêché l'infanterie de la suivre. Le général Blanquefort , pour donner le temps d'arriver jusqu'à lui, fit exécuter une marche rétrograde par échelons. Les Arabes crurent la journée terminée , et ils se préparèrent à reprendre leur camp ; mais , quoiqu'il fut déjà six heures du soir , l'intention du maréchal Yalée était de le déloger complètement. Il pressa la marche de l'infanterie , et après avoir reconnu la position de l'Affroun, il dirigea le duc d'Orléans sur la gauche de l'ennemi, pendant que le 1 7® léger abordait le centre de la position, et que le général Blanquefort, soutenu parles zouaves, reprenait vigoureusement l'ofTensive. En arrivant au pied des montagnes, l'infanterie jeta ses sacs à terre , la charge battit sur toute la ligne, et les Arabes furent abordés à larme blanche avec un tel élan que, malgré les difficultés du terrain , la cavalerie arriva en même temps que l'infanterie sur les hauteurs de l'Affroun. Les Arabes furent culbutés dans la vallée de Bouroumi; ils eurent beaucoup de monde hors de combat, et la nuit seule arrêta la poursuite. L'affaire était décidée, et sur le champ de bataille même le jeune d'Aumale , chef de bataillon , ne dut pas trouver un juge bien sévère dans la personne du duc d'Orléans, son général.

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