‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 8 sur 57 · DU PONT D'ARCOLE · texte numérisé non relu

DU PONT D'ARCOLE

Le i>assage du pont d'Arcole n'est qu'un épisode d'une grande bataille de trois jours, i5, i6et 17 novembre 1796, qui met en relief le courage de Bonaparte soldat sans compromettre le génie de Bonaparte général en chef. Le bon vouloir d'Augereau k la tête de deux bataillons de grenadiers, était venu se briser contre un méchant petit pont de bois, sans parapet, d'environ trente pieds, et le fort de la bataille était là, et une seconde tentative n'avait pas mieux réussi. Bonaparte survint. Impatient de tomber sur le flanc des Impé» riaux, de les surprendre dans le désordre inévitable d'une retraite, il se jette au fort de la fusillade, il prend un drapeau, l'agite aux yeux des soldats el s'avance jusqu'au milieu du pont. Sun exemple entraîne les moins résolus, on le suit tète baissée; on louche aux termes de tant d'efforls, quand une forte colonne d'Impériaux se rue en masse sur les assaillants , et les met en déroute. Bonaparte lui-même est entraîné par les fuyards; déjà l'ennemi le déborde et va l'entourer, lorsqu'on s'écrie : u Sauvons le général ! a La troupe furieuse revient à la charge, déblaie le champ de bataille, et le retire tout meurtri d'un terrain fangeux où il avait été précipité. Tel est le fait réduit à sa plus simple expression. I^s résultats en furent immenses. D'abord Bonaparte est dans les conditions d'héroïsme voulues pour ne plus payer de sa personne. L'armée le veut, il est l'àme qui dirige le corps et que le corps protège; puis la victoire a marqué sa place et donné son nom au point que le jeune gêné-

rai a choisi pimr l'y appeler. Toute l'armée passa le pont d'àrcole et se forma, la gauche au village, la droite dans la direction deLegnago. Là les Impériaux étaient flanqués par l'Alpon et par un terrain marécageux couvert de roseaux. Une dernière action s'engagea dans ces posilious nouvelles ; le feu était ouvert sur toute la ligne sans avantage marqué, quand le canon se fît entendre sur les derrières des ennemis : c'était la garnison de I^gnago qui débouchait, ayant tourné leur gauche. Dans le même moment, vingt-cinq guides qui se sont glissés sur leurs flancs à travers les roseaux, en sortent en sonnant la chaîne. Les Impériaux, se croyant enveloppés, plient jusqu'à Villanova et se mettent en pleine retraite par la route de Vicence. Le 18 au matin, taudis que la cavalerie les poursuivait, Bonaparte rentra dans Vérone aux acclamations de la population entière. Sans perdre un instant, il dirigea Masséna sur Castel- Novo et Augereau sur Dolce, dans le but d'entourer Davidowich; mais celui-ci, inspiré par l'expérience du génie entreprenant de son adversaire, se retira précipitamment, abandonnant un grand nombre de prisonniers.

L'armée impériale avait perdu de ao à 35,ooo hommes, elle était encore une fois hors de combat. Cependant l'état des affaires d'Allemagne permit de la réorganiser, et, après d'inutiles tentatives de négociations, les hostilités recommencèrent; mais on touchait au dénouement de ce grand drame qui tenait en suspens toute l'Europe.

JOIIBERT

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Joubert {Barlhélemi-Catherine), général en chef, né à Pont-de-Vaux (Ain) le i4 avril 1769, s'engagea à l'âge de quinze ans dans un régiment de canonniers ; mais, ramené à la vie de collège et d'étude, il patienta jusqu'en 1 789 , et de la garde nationale qu'il avait prise au sérieux comme école préparatoire, il s'enrôle en décembre 1791 avec le grade de sergent dans le troisième bataillon de l'Ain. Ses premiers bits d'armes furent de rudes épreuves, il paya la gloire de son sang et dé sa liberté. Rentré en France sur parole , il y trouve de plus grands dangers par sa ré^stance aux mesures violentes des commissaires de la Convention dans les départements de l'Ain et du Mont- Blanc. Nommé adjudant-général en 1 794 1 >I attaque , avec deux mille volontaires, six mille Hongrois fortement retranchés à Metagno, et comme le Directoire ne semblait pas lui tenir compte d'avoir tout fait pour s'enterrer dans les redoutes ennemies, il se disposait à quitter le service; mais Kellermann le retint.

D'adjudant-général, chef de bataillon, il passe général de brigadëàla journée de Loano. Montenotte le met en relief aux yeux de Bonaparte , qui, dans son rapportau Directoire, exalte le courage du gre/idij/eret les talents dugénéra/. Joubert n'était point du petit nombre des invidnérafales: blessé à Montenotte, il le fut aussi peu de temps après au passage du Tanaro, en poursuivant les Autrichiens , et le a3 il prit part à l'importante victoire de Moudovi, à la suite de laquelle il enleva Cherasco. Après de nouveaux services rendus à Lodi, il fut châtié du blocus de la forteresse de Milan et resta huit jours sous le feu de l'ennemi; commandant l'avant-garde de la division Masséna, il s'empara de Vérone et alla garder, pendant le siège de Mantoue, les défilés du Tyrol. Forcé de céder au nombre après une résistance opiniâtre, il prend

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bieiitôt sa revanche à Castiglione et àCampara; à Rivoli, il enlève le plateau d'où l'artillerie ennemie -foudroyait l'armée française et mettait en question le succès de la journée. Alors commence cette campagne de géants^ selon l'expression de Camot, cette expédition du Tyrol, le plus beau titre de gloire d'un capitaine infatigable que déjà l'opinion plaçait à côté de Bonaparte, et que Bonaparte ne jalousa pas plus que les autres , qu'il embrassa d'enthousiasme , disant au soldat placé à l'entrée de sa tente et qui voulait arrêter le général encore tout bouillant de son succès: fa! le brave Jouherl, qui a forcé le Tyrol, peut bien forcer ta consigne U.

Bonaparte ne détourna rien de la gloire de Joubert ; c'est lui qu'il envoie a. Paris porter les drapeaux , monuments des victoires d'Italie. De la Hollande qu'il fut chargé de retenir sous la dépendance de la France, il passe en Italie avec le titre de général en chef. Trois jours suffisent pour la conquête du Piémont, conquête qui se fit l'arme au bras, sans coup férir, et Joubert se vengea du roi Emmanuel , qui six années avant l'avait traité plutôt en malfaiteur qu'en prisonnier de guerre , par les procédés les plus nobles et les plus délicats. Le Directoire voulant entraver ses opérations, Joubert se retire; le 1 8 juin 1 799 il reprend ses fonctions, et Moreau ne refuse pas de servir sous les ordres de son jeune collègue. Était-ce une modestie calculée qui cachait de grands projets d'ambition en l'absence de Bonaparte ? Joubert, tout entier au sentiment du devoir, marche droit au milieu de ces intrigues , opère sa jonction avec l'armée de Naples conduite par Championnet , et marche sur Novi pour s'ouvrir les plaines du Piémont. 11 avait à combattre Suwaroff suivi de 70,000 Russes et alliés. Son conseil de guerre, auquel assistaient Moreau et le général Gouvion-Saint-Cyr, ne lui permit pas de prendre l'initiative. Un jour de retard permit à Kray de se réunir à Suwaroff; on ne pouvait éviter le combat , et à la harangue de Joubert : La république vous ordonne de vaincre , les soldats répondirent : Five Joubert! Un instant après il était mort. La douleur de sa perte rendit le combat plus furieux; mais il fallut abandonner le champ de bataille aux ennemis le 1 5 août. Son nom fut donné au fort Lamalgue à Toulon, où son corps avait été déposé ; et le monument qtie lui fit élever Napoléon dans luie des places de la ville de Bourg , chef-lieu du département où il naquit , ne fut pas respecté par la réaction de 1 8 1 5.

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