PARIS ASSIÉGÉ PAR LES NORMANDS
avec leurs boucliers; ils assaillirent à la fois le pont par eau, la tour par terre; ils s’efforcèrent de combler le fossé de la tour, en y jetant pêle-mêle des mottes de terre, des arbres, des cadavres d’animaux, et enfin jusqu’aux cadavres de leurs prisonniers qu’ils égorgeaient à la vue des assiégés; ils ébranlèrent la tour avec trois béliers, tandis qu’ils tâchaient d’écarter les Parisiens des créneaux par une grêle de traits et de balles de plomb. Tout fut inutile, les Normands se replièrent sur leur camp , et abandonnèrent leurs machines de guerre (fin de janvier 886).
Les hauts faits des Parisiens retentissaient dans tout l’empire, qui n’était plus accoutumé à des bruits de gloire. Heinrick, duc des Marches saxonne et frisonne, le plus puissant et le plus renommé des chefs germains, marcha enfin au secours de la Neustrie, pénétra de nuit, par surprise, dans le camp des Normands, malgré ses fossés et ses retranchements de bois et de terre, et jeta quelques renforts dans Paris; mais il fut bientôt contraint à la retraite par les païens rassemblés de toutes parts, et la situation des assiégés devint plus critique qu’auparavant; leur misère était extrême, le typhus désolait la ville et emportait chaque jour ses plus intrépides défenseurs. Le départ du comte Eudes, qui jugea nécessaire d’aller en personne invoquer l’assistance de l’empereur, redoubla la sombre tristesse répandue dans la cité. Les assiégés, néanmoins, ne tardèrent pas à voir briller sur la colline de Montmartre les armes d’Eudes et de ses guerriers; les Normands accoururent en foule pour fermer le passage à Eudes; mais le comte de Paris traversa leurs rangs à course de cheval, sabrant l’ennemi à droite et à gauche, rentra sain et sauf dans la tour du Grand-Pont, et rendit la joie au peuple affligé en annonçant le retour du duc Heinrick, qui, en effet, suivit de près Eudes. Mais les espérances fondées sur sa venue s’évanouirent promptement : dans une reconnaissance sur le camp des païens, son cheval s’abattit, les Normands se jetèrent sur lui et le massacrèrent avant que ses gens eussent pu le tirer de leurs mains.
Durant trois mois encore, le camp des barbares resta planté en face de la Cité; l’inepte empereur Charles le Gros, découragé par la mort du duc Heinrick, hésita tout l’été, et ne parut qu’en octobre, au sommet de Montmartre, avec une grande armée de toutes nations. Le jour de la vengeance semblait arrivé, lorsque les Parisiens apprirent tout à coup que l’empereur traitait avec l’ennemi. Charles le Gros accordait sept cent quatre-vingt-dix-neuf livres d’argent aux Normands pour la rançon de Paris, avec l’autorisation d’aller hiverner en Burgundie. La honte de Charles le Gros ne servit qu’à rehausser la gloire de Paris : Paris avait conquis généreusement le rang de capitale du peuple nouveau qui venait de se révéler à lui-même en repoussant l’étranger; Paris venait d’inaugurer ses grandes destinées; il était désormais la tête et le cœur de la France.
Mars 11/|.6.)