PRISE DE CONSTANTINE
Le fameux Bend-Oussa, lieutenant du bey, défend la ville, à la tête de dix mille Kabyles des montagnes. L’assaut commence, nos troupes se précipitent vers les murailles et se maintiennent un instant sur la brèche, mais l’explosion d’une mine ou plutôt des sacs à poudre du génie jette un moment d’hésitation. L’intrépide Lamoricière se relève tout brûlé et tout sanglant d’un tas de décombres , où il a été un moment enseveli , pour retourner au combat. Moins heureux, le colonel Combes n’a que le temps de saluer d’un dernier avis et d’un dernier conseil le duc de Nemours ; deux aides de camp du prince sont déjà blessés ; le général Perregaux est frappé d’une balle à la face ; le commandant du 2e léger Leblanc de Sérigny meurt sur la brèche, et la ville résiste encore, et la nuit vient, et il faut tenir conseil pour les dispositions du lendemain. L’artillerie avait démoli l’enceinte qui lie les deux portes du sud-ouest, et l’on apercevait les premières maisons de la ville. Il fallut faire le siège de chacune : à Saragosse la tâche n’avait pas été plus pénible, et le soldat exaspéré ne faisait plus de quartier, lorsque le duc de Nemours fait appel à l’humanité et demande grâce pour les vaincus. C’est une des actions de guerre les plus remarquables dont j’aie été témoin dans ma longue carrière, écrivit le général Yalée, et l’éloge par comparaison n’a rien d’exagéré. Le nombre des officiers tués ou blessés indique assez la place qu’ils occupaient. A cinq heures du soir on était maître de la ville. Au second assaut Bend-Oussa avait été fait prisonnier; son fds parvint à s’échapper et à rejoindre le bey Achmet, qui n’a pour asile que le désert. Le lendemain, dès que le calme fut rétabli dans la ville , le général Yalée prit possession, avec le duc de Nemours, du palais du bey, et les cérémonies ordinaires de la victoire commencèrent avec promesse de faire respecter les mœurs et la religion du pays. La France compte une province de plus qui, à elle seule, était un des greniers de l’ancienne Rome.