‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 15 sur 112 · SAINT LOUIS RENDANT LA JUSTICE · texte numérisé non relu

SAINT LOUIS RENDANT LA JUSTICE

s’il y avoit quelques gens qu’on ne pût dépêcher sans lui. S’il y en avoit, nous le lui disions, il les envoyoit quérir, et les contentoit, et les mettoit en raison et droiture.

« Maintes fois, après qu’il avoit ouï messe en été, il s’alloit ébattre au bois de Vincennes, et s’asseyoit au pied d’un chêne, et nous faisoit tous seoir auprès de lui. Ceux qui avoient affaire à lui venoient lui parler, sans aucun empêchement, et il leur demandoit hautement, et de sa propre bouche, s’il y en avoit nul qui eût partie, et quand il y en avoit aucun, il leur disoit : « Amis, taisez -vous, et on vous expédiera l’un après l’autre. »

« D’autres fois, il venoit au jardin du palais de Paris, vêtu d’une cotte de camelot, d’un surcot de tiretaine sans manches, et d’un manteau de cenclal noir par-dessus , et faisoit là étendre des tapis pour nous asseoir auprès de lui , et là faisoit expédier son peuple diligemment , comme j’ai devant dit du boi de Vincennes. »

Le passage suivant, tiré de la vie de saint Louis, peut nous donner une idée de la bonhomie qui présidait à ces plaids royaux, et des libertés que le monarque laissait prendre au pauvre peuple avec lui.

« Une femme qui avoit nom de Sarrette, et qui plaidoit en la cour du roi, lui dit un jour : « Fi! fi! Devrois-tu être roi de France? Moult mieux seroit « qu’un autre fût roi que toi; car tu es roi tant seulement des frères mineurs,

« des frères prêcheurs, des prêtres et des clercs. »

« Les sergents du roi la vouloient battre et mettre dehors; mais Loys défendit qu’ils la touchassent, et lui répondit en souriant : « Certes, tu dis « vrai, je ne suis digne d’être roi, et s’il avoit plu à Notre Seigneur, mieux « eût valu qu’un autre fût roi, qui mieux sût gouverner le royaume. »

« Et il commanda à l’un de ses chambellans de donner de l’argent à cette femme. »

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