BATAILLE DE TOLBIAC
peuples semblables d’origine, de mœurs et de courage. Des milliers de braves tombèrent de part et d’autre : Sighebert, roi des Ripuaires, ayant été atteint d’une blessure au genou et forcé de quitter le combat, le désordre se mit parmi ses soldats, et toute l’armée franke commença de plier et d q pencher grandement vers sa perte. Clovis, entraîné dans le mouvement rétrograde des siens et reculant pour la première fois, appelait à son secours avec de grands cris ses dieux et ses déesses; mais il n’en reçut aucune aide : il vit les siens fuir et tomber en foule ; blessé au visage et tout couvert de son sang et de celui des ennemis, il tâchait en vain d’arrêter ses guerriers saisis d’épouvante, lorsque son fidèle conseiller Aurelianus lui conseilla d’invoquer ce Dieu du ciel que lui avait prêché Clotilde.
« J’ai appelé mes dieux, s’écria Clovis, et ils ne m’assistent point dans ma « détresse : ils ne peuvent donc rien, puisqu’ils ne secourent pas ceux qui « les servent? Christ, que Clotilde assure être le fils du Dieu vivant, j’invoque « avec foi ton assistance : si tu m’accordes la victoire sur mes ennemis, et « que je fasse l’épreuve de cette vertu que t’attribue le peuple qui t’est « consacré, je croirai en toi, et je me ferai baptiser en ton nom. »
Comme il parlait de la sorte, voici que les Alamans tournèrent le dos, et commencèrent à prendre la fuite; et quand ils virent leur roi tué, ils se soumirent au pouvoir de Clovis.
Sans doute les circonstances de cette mémorable journée ont été un peu poétisées par la pieuse imagination des chroniqueurs : Frédegher, moins romanesque en cet endroit que Grégoire de Tours, laisse entendre que Clotilde avait obtenu de son mari, au moment du départ de l’armée, la promesse d’embrasser la religion chrétienne en cas de victoire, et que Clovis renouvela seulement son vœu au moment du danger. La foi que Clovis et ses antrustions eurent dans un secours surnaturel les rendit capables de faire eux-mêmes les prodiges qu’ils attendaient d’en haut; ils ressaisirent l’avantage, et la mort du chef de la fédération alamanique décida la défaite des agresseurs.
La victoire fut complète et eut des résultats immenses : les deux peuples avaient déployé toutes leurs forces et joué leurs destinées dans les champs de Tolbiac; les Franks passèrent le Rhin, le Mein, le Necker, à la suite des vaincus, qui avaient précipité leur fuite vers leur patrie; toute l’Alamanie et la Souabe furent envahies; la meilleure partie des populations implorèrent la paix, se soumirent à la suprématie des Franks, et s’obligèrent à leur fournir des troupes auxiliaires dans toutes leurs guerres.