‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 4 sur 112 · BATAILLE DE TOURS · texte numérisé non relu

BATAILLE DE TOURS

e sort du monde allait se jouer entre les Franks et les Arabes! Les barbares d’Austrasie ne soupçonnaient guère quelles destinées étaient confiées à leur épée; cependant un sentiment confus de la grandeur de la lutte qu’ils allaient engager parut les saisir : les musulmans, de leur côté, hésitèrent pour la première fois. Durant sept jours, l’Orient et l’Occident s’examinèrent avec haine et terreur : en effet les deux armées, ou plutôt les deux mondes, s’inspiraient un étonnement réciproque par la différence des physionomies, des armes, des costumes, de la tactique. Les Franks contemplaient d’un œil surpris ces myriades d’hommes bruns aux turbans et aux burnous blancs, aux abas rayés , aux boucliers ronds , aux sabres courbes , aux légères zagaies, caracolant, parmi des tourbillons de poussière, sur leurs cavales échevelées; les cheiks musulmans passaient et repassaient au galop devant les lignes gallo-teutoniques, pour mieux voir ces géants du Nord avec leurs longs cheveux blonds, leurs casaques de peau de buffle ou de mailles de fer, leurs longues épées et leurs énormes haches. Enfin, le septième jour, qui était un samedi de la fin d’octobre, vers l’aube, les Arabes et les Maures sortirent de leurs tentes, aux cris des muezzins appelant le peuple fidèle à la prière; ils se déployèrent en ordre dans la plaine, et, après la prière du matin, Abd-el-Rahman donna le signal.

L’armée chrétienne reçut sans s’émouvoir la grêle de traits que firent pleuvoir sur elle les archers berbères; les masses de la cavalerie musulmane s’élancèrent alors, et, poussant leur cri de guerre : Allah aqbar! (j Dieu est grand!') tombèrent comme un immense ouragan sur le front de bataille des Européens. La longue ligne des Franks ne ploya pas, et resta immobile sous ce choc épouvantable, comme un mur de fer , comme un rempart de glace1.

' Glacialiter marient adstricti. Ce cri d’étonnement que la manière de combattre des Franks arracha aux Arabes, et que le chroniqueur espagnol redit pour l’avoir enlendu de la bouche de quelques compagnons d’Abd-el-Rahman , d’autres guerriers musulmans le répétèrent mille ans après en présence de nos soldats républicains. Ils sont enchaînés les uns aux autres', s’écriaient les mameluks en brisant leurs escadrons contre nos carrés au pied des pyramides.

Page 1