BATAILLE DE RAVENNE
infanterie couchée à plat ventre au-dessous cle la gendarmerie de Fabricio; car, pourvu qu’il la conservât intacte , la victoire lui paraissait assurée. Mais sa prudence devint suspecte. Colonna déboucha dans la plaine, et Pietro Navarro fut contraint de le suivre avec les siens, qui, se relevant fièrement, engagèrent le combat avec les aventuriers et les lansquenets qui se trouvaient vis-à-vis d’eux. Bientôt ils joignirent les Français et furent rudement reçus par la gendarmerie de Gaston. « Depuis que Dieu créa ciel et terre , il ne fut peut-être jamais vu un combat plus rude et plus acharné que celui que les Français et les Espagnols se livrèrent pendant une heure. » Les deux partis étaient obligés, de temps en temps, de s’arrêter vis-à-vis l’un de l’autre pour reprendre haleine, puis ils rechargeaient avec une nouvelle fureur. L’inégalité du nombre n’avait point empêché Gaston de faire perdre du terrain à Fabricio Colonna, et l’arrivée de la réserve redoubla la vivacité de l’attaque. Les archers de la garde portaient à l’arçon de leurs selles de petites coignées qui leur servaient à dresser leurs logements; ils les mirent en œuvre, et, frappant à grands coups sur l’armet des Espagnols , ils en assommaient autant qu’ils en frappaient. Il y avait dix heures qu’on se battait quand les ennemis furent contraints de céder le champ de bataille, laissant sept mille morts, toute leur artillerie, leurs bagages et un grand nombre de prisonniers , entre lesquels les plus considérables étaient le cardinal de Médicis, Pietro Navarro et Fabricio Colonna réservés à l'humiliation de suivre à pied, non pas le triomphe, mais le char funèbre de leur vainqueur, car Gaston était mort. Comme l’infanterie espagnole se retirait en bon ordre, marchant au petit pas et combattant toujours, Gaston fit contre elle une dernière charge; mais il fut blessé et renversé de cheval. Un de ses lieutenants, Lautrec, cria au soldat ennemi qui l’avait désarçonné : « Ne le tuez pas, c’est notre vice-roi, c’est le frère de notre reine. » Mais l’Espagnol, sans rien entendre, l’acheva, et le jeune prince resta sur la place percé de tant de coups, qu’il en avait quatorze seulement depuis le menton jusqu’au front. Louis XII, en apprenant cette mort et ce triomphe, s’écria douloureusement : « Dieu nous garde de remporter jamais de pareilles victoires! »