‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 5 sur 112 · BATAILLE DE TOURS · texte numérisé non relu

BATAILLE DE TOURS

Vingt fois les musulmans tournèrent bride pour reprendre du champ et revenir avec la rapidité de la foudre; vingt fois leur charge impétueuse se brisa contre cette zone inébranlable; les colosses d’Austrasie, se dressant sur leurs grands chevaux, recevaient les Arabes sur la pointe du glaive, et, frappant de haut en bas ces petits hommes du Midi, les perçaient d’outre en outre par d’effroyables estocades. La lutte se prolongea néanmoins tout le jour, et Abd-el-Rahman conservait encore l’espoir de lasser la résistance des chrétiens, lorsque, vers la dixième heure (quatre heures de l’après-midi), un tumulte terrible et de lamentables clameurs s’élevèrent sur les derrières des musulmans; c’était le roi Eude, qui, avec ses Wascons et ses Aquitains, tournait l’armée arabe, se jetait sur le camp du wali et en massacrait les gardiens. Aussitôt une grande partie de la cavalerie musulmane, composée de Berbères, quitte le combat pour voler à la défense des richesses entassées sous les tentes : tout l’ordre de bataille d’ Abd-el-Rahman est bouleversé ; il s’efforce en vain d’arrêter le mouvement rétrograde et de reformer ses lignes; le mur de fer s’ébranle enfin ; Charles Martel et ses Austrasiens chargent à leur tour, culbutent, écrasent tout ce qui se trouve devant eux, et le brave Abd-el-Rahman avec l’élite de ses compagnons, renversés de leurs chevaux, disparaissent broyés sous cette masse de fer. A l’instant où le soleil descendit sous l’horizon, la foule confuse des musulmans se précipitait vers ses tentes, pressée dans toute la largeur du champ de bataille par une forêt mouvante de glaives qui s’élevaient et s’abaissaient incessamment , abattant à chaque pas sur le champ du carnage une nouvelle file de cadavres. La fin du jour arrêta les Franks : Charles Martel n’essaya pas de pénétrer de nuit parmi ces tentes innombrables, qui ressemblaient de loin à une grande cité; il fit sonner la retraite, et les Européens j brandissant leurs glaives avec dépit, passèrent la nuit dans la plaine, s’attendant à livrer une seconde bataille le lendemain pour la conquête des campements arabes.

Au point du jour, les Franks revirent blanchir les tentes ennemies à la même place et dans le même ordre que la veille; aucun bruit ne s’entendait, aucun mouvement n’apparaissait dans les quartiers arabes : Charles Martel , pensant que les musulmans allaient sortir en armes d’un instant à l’autre, fit tous les préparatifs de l’attaque, et envoya des éclaireurs à la découverte. Ceux-ci s’avancèrent à travers les milliers de corps morts, entrèrent dans les premières tentes; elles étaient vides; il ne restait pas un seul homme en vie dans ce vaste camp : les débris harassés de l’armée musulmane étaient partis en silence à la faveur des ténèbres, abandonnant tout, hormis leurs chevaux et leurs armes. La grande querelle était décidée!

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