MARS
e roi faisait ce siège ayant avec lui son frère et cinq maréchaux de France, d’Humières, Schomberg, laFeuillade, Luxembourg et de Lorges. Les maréchaux commandaient chacun leur jour, l’un après l’autre : Vauban dirigeait toutes les opérations. On n’avait pris encore aucun des dehors de la place. Il fallait d’abord attaquer deux demi-lunes; derrière ces demi -lunes était un grand ouvrage à couronne, palissadé et fraisé, entouré d’un fossé coupé de plusieurs traverses. Dans cet ouvrage à couronne était encore un autre ouvrage entouré d’un autre fossé. Il fallait, après s’être rendu maître de tous ces retranchements, franchir un bras de l’Escaut. Ce bras franchi, on trouvait encore un autre ouvrage, derrière lequel coulait le grand cours de l’Escaut, profond et rapide, qui sert de fossé à la muraille ; enfin , la muraille était soutenue par de larges remparts. Tous ces ouvrages étaient couverts de canon : une garnison de trois mille hommes préparait une longue résistance.
Le roi tint conseil de guerre pour attaquer les ouvrages du dehors; c’était l’usage que ces attaques se fissent toujours pendant la nuit, afin de marcher aux ennemis sans être aperçu, et d’épargner le sang du soldat. Vauban proposa de faire l’attaque en plein jour : tous les maréchaux de France se récrièrent contre cette proposition; Louvois la condamna : Vauban tint ferme, et rallia le roi à son opinion (17 mars 1G77). A neuf heures du matin, les deux compagnies de mousquetaires , une centaine de grenadiers , un bataillon des gardes , un du régiment de Picardie, montent de tous côtés sur le grand ouvrage à couronne. L’ordre était simplement de s’y loger, et c’était beaucoup; mais quelques mousquetaires noirs ayant pénétré par un petit sentier jusqu’au retranchement intérieur qui était dans cette fortification, ils s’en emparent tout d’abord. Dans le même temps, les mousquetaires gris y abordent par un autre