PAR DUQUESNE
’europe souffrait patiemment l’ignominie que lui faisait subir un faible ramas de forbans. Plusieurs souverains, pour n’être pas molestés par les pirates, consentaient à envoyer au dey un présent annuel , qu’il ne tenait qu’à ce chef de regarder comme un tribut. Charles-Quint avait pensé qu’il valait mieux réduire les Algériens à l’impuissance d’exercer leur piraterie. Cet empereur fit, en 1541, une expédition sur la côte d’Alger; mais sa tentative, mal combinée, n’eut aucun succès : cependant les Espagnols restèrent en possession du fort d’Oran jusqu’en 1708. Dans le dix-septième siècle, les grandes puissances firent des traités réguliers avec le gouvernement algérien , sans que ces traités pussent les mettre entièrement à l’abri des attaques des pirates : Louis XIV entreprit d’y mettre fin.
Il y avait un jeune homme, nommé Bernard Renaud, connu sous le nom de Petit Renaud, qui, sans avoir jamais servi sur les vaisseaux, était un excellent marin à force de génie. Colbert, qui déterrait le mérite dans l’obscurité, l’avait souvent appelé au conseil de marine, même en présence du roi. C’était par les soins et sur les lumières de Renaud qu’on suivait depuis peu une méthode plus régulière et plus facile pour la construction des vaisseaux. II osa proposer, dans un conseil, de bombarder Alger avec une flotte. On n’avait pas l’idée que les mortiers à bombe pussent n’être pas posés sur un terrain solide. La proposition révolta. Il essuya les contradictions et les railleries que tout inventeur doit attendre ; mais la fermeté, et cette éloquence qu’ont d’ordinaire les hommes vivement frappés de leurs inventions , déterminèrent le roi à permettre l’essai de cette nouveauté.
Renaud fit construire cinq vaisseaux plus petits que les vaisseaux ordinaires,