BOMBARDEMENT D’ALGER
mais plus forts de bois, sans ponts, avec un faux tillac à fond de cale, sur lequel on maçonna des creux où l’on mit les mortiers. Il partit avec cet équipage, sous les ordres du vieux Duquesne, le Ruyter français, qui était chargé de l’entreprise. Les Algériens furent étonnés de l’effet des bombes; une partie de la ville fut écrasée et consumée.
Mais bientôt ce fut à recommencer (juin \ 682), et, réduits à l’extrémité, les habitants eurent recours à la clémence du vainqueur. Le dey ne fut pas autrement ému de tout ce fracas, et lorsqu’il apprit quelle somme ces opérations avaient coûté à Louis XIV, il dit qu’il aurait brûlé lui-même Alger pour la moitié de cet argent et qu’il en aurait épargné la peine au roi. Faut-il ajouter, avec Voltaire, que lorsque Damfreville, capitaine de vaisseau, vint délivrer tous les esclaves chrétiens, au nom du roi de France, il se trouva parmi eux beaucoup d’Anglais qui, étant déjà à bord, soutinrent que c’était en considération du roi d’Angleterre qu’ils étaient mis en liberté. Alors Damfreville fit appeler les Algériens, et remettant les Anglais à terre: Ces gens-ci, dit-il, prétendent nôtre délivrés qu’au nom de leur roi. Le mien ne prend pas la liberté de leur offrir sa protection; je vous les remets, c’est à vous de montrer ce que vous devez au roi d’ Angleterre. Tous les Anglais furent remis aux fers. Si le fait est vrai, il est à l’honneur de l’Angleterre, qui, humiliée sous le règne de Charles II, dénie, dans la personne de quelques pauvres marins captifs, le protectorat du grand roi, alors à l’apogée de sa gloire.