‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 56 sur 112 · BATAILLE DE LA HOGUE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA HOGUE

les Français, qui s’en approchèrent jusqu’à portée de pistolet. L’affaire s’engagea aussitôt. Les efforts de l’ennemi furent constamment dirigés sur notre corps de bataille. Tourville trouva longtemps dans son génie et son courage les moyens de soutenir sans trop de désavantage un combat si inégal. Il combina si habilement ses manoeuvres que chacun de ses vaisseaux tenait tête à deux et souvent trois bâtiments ennemis. Le combat se soutint toute la journée avec un incroyable acharnement; mais, vers le soir, la supériorité du nombre fit pencher la victoire en faveur des alliés. A une heure du matin, Tourville donna l’ordre d’appareiller, espérant échapper à la faveur de la nuit. Le brouillard et l’obscurité empêchèrent les signaux d’être compris, et huit vaisseaux seulement le suivirent. Le lendemain, vers huit heures, Tourville se trouvait à une lieue au vent de l’ennemi, et cette avance lui aurait suffi pour se dérober à la poursuite , si le Soleil Royal , qu’il montait, totalement désemparé, n’eût retardé sa marche.

L’escadre qui poursuivait Tourville arriva à la hauteur de la Hogue en même temps que lui. Elle l’y bloqua, ainsi que les vaisseaux qu’il avait ralliés au vent. Dans l’impossibilité de se défendre, il fut résolu qu’on mettrait le feu aux vaisseaux après les avoir désarmés. Une grande partie de la flotte française avait pu se réfugier dans le port de Saint-Malo ; le reste , fort maltraité , avait pris la route de Brest. Tels furent les funestes résultats d’une action qui, malgré son issue , n’en est pas moins glorieuse pour la marine française.

La réputation de Tourville, loin d’en souffrir, acquit un nouveau lustre. L’amiral anglais lui écrivit pour le féliciter sur la bravoure qu’il avait déployée; Louis XIV, en apprenant la perte de ses vaisseaux, s’écria : « Tourville est-il « sauvé ? On peut trouver des vaisseaux, mais on ne retrouve pas un homme « comme lui ! » Étant un jour à son balcon de Versailles, et le voyant passer, le roi dit au duc de Villeroi : « Voilà un homme qui m’a obéi à la Hogue. »

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