‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 62 sur 112 · LOUIS XVI REPANDANT DES BIENFAITS · texte numérisé non relu

LOUIS XVI REPANDANT DES BIENFAITS

de l’humanité, il croit remplir sa mission de roi et d’homme sur la terre en faisant le bien par lui -même autant que le lui permettent ses finances épuisées.

Voyez quelle discrétion il apporte; comme il éloigne les gens de sa suite; comme il se dépouille du faste qui pourrait le trahir, et dont l’éclat tombant sur des haillons les rendrait encore plus hideux. Il se fait bourgeois, il se fait presque peuple; et s’il est reconnu, si le bruit s’en répand, il se plaint de ne pouvoir aller en bonne fortune sans qu’on le sache.

Pendant un des voyages du roi , M. d’Angivilliers fit réparer une des pièces obscures des petits appartements. Cette réparation coûta trente mille francs. Le roi de retour, instruit de la dépense, fit retentir le château de cris et de plaintes contre M. d’Angivilliers. « Avec cette somme, s’écria-t-il, j’aurais rendu « plus de trente familles heureuses. »

Une autre fois (c’était en 1776, deux ans après son avènement au trône), touché du triste sort des pauvres de Versailles pendant les rigueurs de l’hiver, il fit distribuer plusieurs charretées de bois. Voyant passer une file de ces voitures, tandis que beaucoup de seigneurs se préparaient à se faire traîner rapidement sur la glace, il leur dit : « Messieurs, voici mes traîneaux. » (Mémoires du temps.)

Mais le peuple avait une maladie que la main du roi ne pouvait pas guérir, qu’elle irrite au contraire et enflamme, c’est le sentiment de soi-même, de la dignité individuelle , qui , joint à la haine du présent et à l’ignorance du passé , rend suspect le médecin et ses remèdes. Le médecin mourra, lui, et le malade, se croyant guéri, passera par toutes les fantaisies de la fièvre, jusqu’à ce que la gloire militaire le saigne à blanc et le rejette pâle et épuisé sur le lit de douleur que lui laisse la pitié ou plutôt la crainte de l’Europe coalisée.

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