‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 7 sur 112 · CHARLEMAGNE REÇOIT LA SOUMISSION DE WITIKIND · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE REÇOIT LA SOUMISSION DE WITIKIND

complices. Charlemagne , cette fois , accourait altéré de vengeance ; le sang de ses prêtres et de ses soldats le rendit implacable ; il convoqua tous les chefs saxons, les menaça d’anéantir leur nation par le fer et le feu s’ils ne lui livraient ceux de leurs compatriotes qui avaient pris part au crime de Witikind : on lui en amena jusqu’à quatre mille cinq cents : il les fil tous décapiter en un seul jour.

Après cette terrible exécution, Karle retourna hiverner à Thionville, croyant en avoir fini avec les rebelles. Il ne connaissait point encore le peuple auquel il avait affaire. A peine l’armée franke était-elle partie, que la stupeur des Saxons s’était changée en rage ; ils se reprochèrent avec désespoir leur lâcheté , ils jurèrent de venger par des flots de sang les braves qu’ils avaient livrés aux bourreaux, ils rappelèrent Witikind , les bannis, les Danois, ils s’insurgèrent en masse dans les trois grandes régions de la Saxe et débordèrent comme un torrent sur la Frise. Une grande partie des Frisons se laissèrent entraîner par les bandes saxonnes; les autels du paganisme furent relevés, les églises brûlées, les prêtres mis à mort; les païens s’avancèrent jusqu’à l’île de Batavie.

Charlemagne apprit au commencement du printemps ces fatales conséquences de l’action barbare où l’avaient emporté la douleur et la colère ; il fit en hâte les préparatifs d’une nouvelle campagne, monta à cheval, passa le Rhin, sans attendre que toute l’armée franke fût sons les drapeaux. Il atteignit les Saxons dans le canton de la haute Lippe. La présence de Karle ne fit qu’accroître l’exaspération des insurgés, et ils soutinrent l’attaque des Franks avec une sombre et farouche intrépidité. La victoire demeura aux chrétiens , mais elle avait été chèrement achetée et ne fut pas décisive. Une seconde bataille fut livrée sur la Hase; Witikind la perdit encore, et des milliers de Saxons furent taillés en pièces, faits prisonniers et traînés en servitude loin de leur patrie. Le vainqueur s’avança jusqu’à l’Elbe, dévastant tout sur son passage; mais l’automne arriva sans qu’un seul député saxon fût venu implorer le pardon du roi.

La malheureuse Saxe avait eu jusqu’alors les mois d’hiver pour panser ses blessures; mais maintenant toute trêve, tout relâche, lui étaient refusés. Karle divisa le reste de son armée en troupes nombreuses, qui courant partout, pillant les villages, dévastant les cantons, firent aux Saxons un hiver sans repos. Tant de calamités avaient enfin abattu, non point le courage de Witikind, mais sa confiance dans les dieux du Nord. Il consentit d’abjurer les divinités impuissantes qui ne savaient plus donner la victoire à leurs adorateurs, et obtint de Charlemagne toutes les conditions qu’il demanda. On remit à Witikind et à Albio les otages qu’ils avaient exigés, et les deux chefs se rendirent en Gaule , où ils reçurent solennellement le baptême avec leurs compagnons en présence du roi et de tout le palais des Franks.

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