‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 8 sur 112 · PARIS ASSIÉGÉ PAR LES NORMANDS · texte numérisé non relu

PARIS ASSIÉGÉ PAR LES NORMANDS

a. plus grande expédition que les Normands eussent jamais lancée contre la Gaule s’organisa dans le Brabant, où tous les plus fameux rois de mer étaient accourus du fond du Nord avec leurs champions. L’armée danoise et norvégienne se partagea en deux corps qui marchèrent par terre et par mer sur Rouen, rendez-vous général. L’armée de terre, dont Roll était un des principaux chefs, arriva la première le 25 juillet, et prit possession de Rouen sans coup férir. Les vaisseaux normands étant enfin arrivés, l’armée barbare remonta le cours de la Seine, et parut en vue de Paris, le 25 novembre 885. Sept cents grandes barques couvraient le fleuve sur l’étendue d’une lieue; les barbares comptaient, dit-on, plus de trente mille combattants. Les païens qui, en quarante ans, avaient pillé trois fois Paris, ne s’attendaient à aucune résistance, ils s’arrêtèrent étonnés en voyant devant eux la ville fortifiée à neuf, et la Seine barrée par deux ponts de bois que protégeaient deux grosses tours. Trois des principaux seigneurs de laNeustrie, Hugues l’Abbé, marquis d’Anjou, Goslin, abbé de Saint-Germain des Prés, élu évêque, et Eudes, comte de Paris, s’étaient enfermés dans l’île de la Cité avec tout ce qui restait de gens de cœur dans les rangs, et excitaient les habitants à vaincre ou à mourir avec eux. L’attaque commença le lendemain au soleil levant. Les deux ponts étaient où se trouvent maintenant le Pont-au-Change et le Petit-Pont, et les tours correspondaient au grand et au petit Châtelet. Les Normands dirigèrent leurs premiers efforts contre la tour du Grand-Pont, et l’on combattit sur ce point durant deux jours avec une opiniâtreté inouïe : citoyens, moines et prêtres, tous prirent glorieusement part à l’action.

Les Normands voyant qu’il n’y avait pas moyen d’emporter la tour ni la Cité d’un coup de main, convertirent le siège en blocus, assirent leur camp dans le faubourg du Nord, autour de l’église Saint-Germain l’Auxerrois, et ne reprirent les attaques de vive force qu’au bout de quelques semaines. Tout ce qui subsistait des traditions de la science militaire romaine fut employé par ces barbares, dont l’orgueil était intéressé à triompher à tout prix; ils fabriquèrent une tour roulante à trois étages, et la poussèrent contre la tour du Grand-Pont. Les Parisiens tuèrent à coups de flèches les hommes qui dirigeaient la machine. Les Normands alors s’approchèrent de la tour du Grand-Pont, les uns sous des mantelets mobiles, couverts de cuirs frais, les autres en faisant la tortue

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