JUILLET 1798 (THERMIDOR AN VI
e 21 juillet, l’armée française se mit en marche pendant la nuit. Elle savait qu’elle allait apercevoir le Caire et rencontrer l’ennemi. A la pointe du jour, elle découvrit enfin à sa gauche, au delà du fleuve , les hauts minarets de cette grande capitale, et à sa droite, dans le désert, les gigantesques pyramides dorées par le soleil. A la vue de ces monuments, elle s’arrêta comme saisie de curiosité et d’admiration. Le visage de Bonaparte était rayonnant d’enthousiasme; il se mit à galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les pyramides : Songez, s’écria-t-il, songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent. On s’avança d’un pas rapide. On voyait, en s’approchant, s’élever les minarets du Caire, on voyait grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait Embabeh, on voyait étinceler les armes de ces dix mille Mameluks, brillants d’or et d’acier, et formant une ligne immense. Bonaparte, qui depuis le combat de Chébreïss avait jugé le terrain et l’ennemi, fit ses dispositions en conséquence. L’armée était partagée en cinq divisions; chaque division formait un carré; chaque carré était sur six rangs. Derrière étaient les compagnies de grenadiers en pelotons, prêtes à renforcer les points d’attaque. L’artillerie était aux angles, les bagages et les généraux au centre. Ordre était donné surtout de ne pas se hâter de tirer, d’attendre froidement l’ennemi et de ne faire feu qu’à bout portant.
On s’avança presque à la portée du canon. Bonaparte, qui était dans le carré du centre, formé par la division Dugua, s’assura, avec une lunette, de l’état du camp d’Embabeh. Il vit que l’artillerie du camp, n’étant pas sur affûts de campagne, ne pourrait pas se porter dans la plaine, et que l’ennemi ne sortirait pas des retranchements. C’est sur cette prévision qu’il basa ses mouvements. Il résolut d’appuyer avec ses divisions sur la droite, c’est-à-dire sur le corps des Mameluks, en circulant hors de la portée du canon d’Embabeh. Son intention était de séparer les Mameluks du camp retranché, de les envelopper, de les pousser dans le Nil, et de n’attaquer Embabeh qu’après s’être défait d’eux. Il ne devait pas lui être difficile de venir à bout de la multitude qui fourmillait dans ce camp, après avoir détruit les Mameluks.