‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 74 sur 112 · BATAILLE DES PYRAMIDES · texte numérisé non relu

BATAILLE DES PYRAMIDES

Mouracl-Bey, qui était doué d’un coup d’œil pénétrant, devina l’intention de son adversaire et résolut de charger pendant ce mouvement décisif. Il laissa deux mille Mameluks pour appuyer Embabeh , puis se précipita avec le reste sur les deux carrés de droite. Celui de Desaix, engagé dans les palmiers, n’était pas encore formé lorsque les premiers cavaliers l’abordèrent, mais il se forma sur-le-champ et fut prêt à recevoir la charge. C’est une masse énorme que celle de huit mille cavaliers galopant à la fois dans une plaine. Ils se précipitèrent avec une impétuosité extraordinaire sur la division Desaix. Nos braves soldats , devenus aussi froids qu’ils avaient été fougueux jadis, les attendirent avec calme et les reçurent à bout portant avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arrêtés par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs et galopaient autour de la citadelle enflammée. Quelques-uns des plus braves se précipitèrent sur les baïonnettes, puis, retournant leurs chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent à faire brèche, et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre même du carré. La masse, tournant bride, se rejeta du carré de Desaix sur celui de Reynier, qui venait après. Accueillie par le même feu, elle revint vers le point d’où elle était partie; mais elle trouva sur ses derrières la division Dugua, que Bonaparte avait portée vers le Nil, et fut jetée dans une déroute complète. Alors la fuite se fit en désordre. Une partie des fuyards s’échappa vers notre droite, du côté des pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans Embabeh, où elle porta la confusion. Dès cet instant, le trouble commença à se mettre dans le camp retranché. Bonaparte, s’en apercevant, ordonna à ses deux divisions de gauche de s’approcher d’Embabeh pour s’en emparer.

Les colonnes d’attaque abordèrent vivement Embabeh, s’en emparèrent et jetèrent dans le Nil la multitude des fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyèrent. La journée était finie. Les Arabes, qui étaient près des pyramides et qui attendaient la victoire, s’enfoncèrent dans le désert. Mourad, avec les débris de sa cavalerie, et le visage tout sanglant, se retira vers la haute Égypte. Ibrahim, qui de l’autre rive contemplait ce désastre, s’enfonça vers Belbeys, pour se retirer en Syrie.

La bataille nous avait à peine coûté une centaine de morts ou blessés; car si la défaite est terrible pour des carrés enfoncés, la perte est nulle pour des carrés victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs meilleurs cavaliers par le feu ou dans les flots. Leurs forces étaient dispersées, et la possession du Caire nous était assurée.

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