‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 84 sur 112 · NAPOLÉON A TILSITT · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A TILSITT

apoléon et la reine de Prusse étaient à Tilsitt deux personnages en scène; l’une cherchant, par les séductions bien légitimes de son esprit, de sa beauté et de ses grâces , à intéresser en faveur d’un État malheureux la générosité d’un ennemi triomphant, l’autre, sur la défensive, attçntif à se préserver de tout entraînement chevaleresque, bien résolu qu’il était de ne pas sacrifier de solides avantages à une vaine renommée de politesse et de galanterie. La reine, par ses vertus, par la sincérité de ses regrets sur des maux auxquels son imprudence avait contribué, eût mérité de trouver un vainqueur moins inexorable.

Peut-être si la reine de Prusse eût paru à Tilsitt au premier moment de la réunion des empereurs, sa présence eût-elle produit un résultat avantageux pour cette monarchie, parce qu’ alors Napoléon aurait pu se croire obligé d’acheter à ce prix la condescendance d’Alexandre; mais du moment qu’il s’était, par quelques entretiens avec le monarque russe, assuré le concours de ce prince à ses vues, indépendamment du sort qui pouvait être réservé à Frédéric -Guillaume, l’arrivée de la reine devenait un embarras, sans porter avec elle aucune utilité. Il paraît même que sa participation aux débats qui avaient lieu ne fit que hâter des déterminations contraires aux intérêts qu’elle venait défendre. La reine, en effet, ramenant avec beaucoup d’art dans la conversation les points non encore résolus qu’elle désirait faire décider d’une manière favorable, mettait l’empereur Napoléon dans l’alternative ou de montrer une rigueur dont l’expression est toujours pénible envers une reine qui supplie, ou, lorsqu’il éludait la question par des paroles moins fermes, de fournir à cette princesse le prétexte de voir une concession dans un demi-mot ou dans une réticence. De là, le lendemain, des altercations sur de prétendues promesses de la veille, altercations dans lesquelles l’empereur Alexandre fut plus d’une fois pris pour juge. Fatigué de ces querelles, Napoléon chargea son ministre de se montrer intraitable sur les articles contestés et de presser

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