‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 88 sur 112 · BATAILLE DE WAGRAM · texte numérisé non relu

BATAILLE DE WAGRAM

ans cette grande affaire, l’imprévu mit en relief tout le génie de Napoléon. Un engagement assez heureux d’avant-garde n’avait pas empêché le centre des Autrichiens d’occuper le village d’Aderklaa évacué par Bernadotte, et leur droite marchait aux ponts du Danube. Ils prenaient ainsi à revers les lignes françaises et mettaient toute l’armée en péril; un coup d’œil suffit à Napoléon pour mesurer le mal et pour y porter remède. Il laissa à Davoust le soin de déborder Rosenberg, de le rejeter sur Wagram; il courut à Masséna, lui donna le commandement de toute la gauche, lui prescrivit de rentrer dans Aderklaa; enfin il prit Eugène, Marmont, Oudinot, les Bavarois et les réserves, pour former le centre, et leur fit faire un changement de front l’aile gauche en arrière.

Ce mouvement, qui s’exécuta sous les ordres d’Eugène avec une admirable précision, fut protégé par l’attaque d’Aderklaa. Masséna enlève d’emblée le village; puis en s’y maintenant pendant trois heures, il s’oppose au déploiement du centre de l’archiduc. Enfin, assailli par le prince en personne, débordé par sa droite, il dut céder la position; mais le vice-roi était en mesure, et l’on pouvait reculer sans rien compromettre. L’infanterie se forma par bataillons serrés en masse, et se replia en obliquant à gauche en arrière, et en repoussant avec vigueur les charges de la cavalerie ennemie; lorsqu’elle eut repris l’alignement du centre, elle fit halte.

Il était dix heures : à ce moment, l’archiduc ayant déblayé le débouché de son centre , s’avançait dans la plaine. Napoléon , qui ne voulait ni se porter audevant de lui, ni engager la mêlée, l’attendit de pied ferme, couvert sur une demi-lieue de front par soixante pièces d’artillerie de la garde. A l’approche des Autrichiens, toute la batterie vomit un feu terrible et les força de suspendre leur marche. La canonnade s’ouvrit de part et d’autre; elle se termina à l’avantage des Français, l’ennemi fut réduit au silence.

Cependant la gauche du généralissime autrichien pénétrait dans l’intervalle

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