BATAILLE DE WAGRAM
que Masséna avait laissé vide entre le Danube et lui. Le maréchal expédiait ses aides de camp pour annoncer le progrès de l’ennemi, pour demander des ordres, et le canon tonnait déjà sur ses derrières; la division Boudet, qu’on avait laissée à la garde des ponts, était refoulée dans l’ile; la retraite était menacée.
Napoléon semblait indifférent à ces nouvelles, il écoutait en silence et portait ses regards non du côté du Danube , mais vers sa droite. Enfin , à midi , il aperçut Davoust, qui depuis le matin cherchait à tourner Rosenberg, dépasser Neusiedel; il vit le corps autrichien plier; il vit qu’il n’avait plus de diversion à craindre de la part de l’armée de Hongrie, et il s’écria vivement : « Courez dire à Masséna qu’il reprenne l’attaque, la bataille est gagnée. »
Masséna tomba impétueusement sur les colonnes qui avaient osé déborder; il leur enleva Essling où elles cherchaient un appui, et culbutant tout sur son passage, il seconda puissamment, en se portant jusqu’à Léopoldau, le mouvement que faisait le centre. Napoléon, assuré que Davoust avait dès lors pris l’ascendant, le fait côtoyer par Oudinot, puis flanquer de l’autre côté par Masséna; il n’hésite plus à former le-reste de son centre en colonnes et à marcher en avant.
Macdonald se mit en première ligne avec huit bataillons déployés et treize bataillons en masse sur les ailes. En seconde ligne, le vice-roi suivit avec deux divisions, les cuirassiers et la cavalerie légère de la garde, enfin, en troisième ligne, Napoléon , la vieille et la jeune garde et les grenadiers à cheval. Rien ne put arrêter l’élan de cette masse formidable, les lignes de l’ennemi se rompirent devant elle. En le chargeant en flanc, elles lui firent éprouver de cruelles pertes; mais elle traversa sans s’arrêter toute la plaine, et lorsqu’en saisissant enfin Sussenbraun, Macdonald eut trouvé un point d’appui qui jusqu’alors lui avait manqué, l’archiduc, dont les ailes avaient déjà perdu Wagram et Léopoldau, renonça au champ de bataille et ne combattit plus que pour assurer sa retraite.
Cette journée, où deux armées de deux cent mille combattants se heurtèrent et où le sort de l’Europe fut encore une fois décidé, coûta aux Autrichiens près de trente-huit mille hommes, mais peu de prisonniers; aux Français quinze mille blessés et six mille cinq cents tués, parmi lesquels les généraux Lasalle et Lacour. Macdonald, Oudinot et Marmont reçurent sur le champ de bataille le bâton de maréchal, Masséna le titre de prince d’Essling.
( 7 Septembre 1812 )