‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 95 sur 112 · ADIEUX DE FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

ADIEUX DE FONTAINEBLEAU

sur son passage ce qui lui restait de la cour brillante dont il avait été entouré, et s’avançant au milieu de douze cents grenadiers de sa garde rangés sur deux haies, il fit signe qu’il voulait parler. La garde forma le cercle autour de lui , et chacun put entendre ces dernières paroles, qu’il prononça d’une voix ferme quoique émue :

« Soldats de ma vieille garde, je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans je « vous ai trouvés constamment sur le chemin de l’honneur et de la gloire. « Dans ces derniers temps comme dans ceux de notre prospérité , vous n’avez « cessé d’être des modèles de bravoure et de fidélité. Avec des hommes tels « que vous, notre cause n’était pas perdue; mais la guerre était interminable : « c’eût été la guerre civile, et la France n’en fût devenue que plus malheu- « reuse. J’ai donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la patrie; je pars. Vous, « mes amis, continuez de servir la France; son bonheur était mon unique « pensée; il sera toujours l’objet de mes vœux. Ne plaignez pas mon sort; si « j’ai consenti à me survivre, c’est pour servir encore à votre gloire. Je veux « écrire les grandes choses que nous avons faites ensemble! Adieu, mes enfants! « Je voudrais vous presser tous sur mon cœur; que j’embrasse au moins votre « drapeau!... »

<( Aces mots, le général Petit, saisissant l’aigle, s’avança. Napoléon reçut le général dans ses bras et baisa le drapeau. Les soldats éclatèrent en sanglots. Napoléon, profondément ému, reprit d’une voix toujours ferme : « Adieu « encore une fois, mes vieux compagnons! que ce dernier baiser passe dans « vos cœurs. »

« S’arrachant aux embrassements de ceux qui l’entouraient, il se jeta dans sa voiture et partit aux cris de vive V Empereur ! »

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