‹ Musée de VersaillesChapitre 13 sur 59 · LOUIS DE FRANCE, DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LOUIS DE FRANCE, DUC D'ORLÉANS

IPJBSÏGiniffl W3 ]

Orléans (lyîuis I" de France, tluc d'), frère cadet de Charles VI, était né en 1371, la même année que Jean-sans-Peur, fils de Pbilippe-le-Hardi , duc de Bourgogne. C'est à cette époque que la seconde maison de Bourgogne joue un si grand rôle dans notre histoire , et qu'elle paraît à la tête de la féodalité pour y rester jusqu'à la fin. A côté se trouve placée la maison d'Orléans : l'une a quelque chose de plus grand, l'autre quelque chose- de plus attachant. On se range malgré soi du parti d'Orléansj on lui pardonne la faiblesse de ses mœurs en faveur de son goût pour les arts, de sa fidélité au malheur et de son héroïsme. Par sa branche illégitime , on passe de Duncfis aux Longuevîlle ; par sa branche légitime, on arrive de Valentine de Milan à Louis XII et à François I". Le nom de l'insoucieux Louis, frère du roi Charles VI, n'avait pas été prononcé depuis le commencement de ce triste règne. Connu d'abord sous le nom de comte de Valois, il avait épousé par procureur, en i385, Marie, héritière du trône de Hongrie, et déjà il se parait du titre de roi , lorsque Sigismond réclama le titre et l'héritière. Louis, tout simplement duc de Toiu-aïne, puis, paréchange,ducd'Orléans(i39a), et enfin époux de Valentine de Milan, était resté enfant docile et rieur au milieu des agitations du conseil , lorsqu'il lui vint à l'esprit que l'ambition devait être im plaisir; et le voici qui frappe à la porte que ses oncles lui ont fermée, et qu'ils refusent de lui ouvrir. De par le roi il entre : c'est Isabelle qui a conduit la main du pauvre insensé; l'édit royal a été rendu. La haine du peuple s'en est accrue , car il accuse Louis d'Orléans d'être l'amant d'Isabelle , et Valentine d'avoir frappé le roi de démence.

Ses sortilèges, à elle comme à tant d'autres, étaient des grâces. « Cette Italienne, dit Chateaubriand , apportant dans notre rude climat , dans la France barbare , des moeurs polies et le goût des arts, dut paraître une magicienne; on l'aurait brûlée pour sa beauté, comme on brûla Jeanne d'Arc pour sa gloire. » Le scandale est au comble; le trésor est dilapidé, le clergé re£use de payer l'impôt. Tout annonce la guerre civile, lorsque le duc d'Orléans consent à remettre le pouvoir dont il avait si mal usé ; mais il en prend encore tout à son aise , et fait main-basse sur les trésors déposés dans la tour du Louvre. A la mort de Philippe-le-Hardi , il se fait déclarer lieutenant-général du royaume ; mais Jeansans-Peur entre dans la lice , et , ne se croyant pas assez fort contre ce nom de roi à l'ombre duquel se retranchait son ennemi , il arrêta ses regards sur cette classe bourgeoise à laquelle personne n'avait encore pensé depuis Charles de Navarre , et résolut d'opposer la popularité au prestige de l'autorité royale. Il y a toute une révolution dans ce mot de popularité; ce n'est plus assez de reconnaître et de respecter le peuple , on le flatte. A l'approche de Jean , Louis se retira à Melun, où la reine le suivit bientôt; et, ayant levé une armée de vingt mille hommes , il ouvrit avec le duc de Bourgogne ime négociation qui se termina par la réconciliation apparente des deux princes. Us réunirent leurs forces contre les Anglais, et , tandis que Jean tentait de reprendre Calais , Louis vint mettre le siège devant Blaye , qu'il fut obligé de lever honteusement. De nouveaux débats s'élevaient fréquemment entre les deux rivaux , et la reine , par sa médiation, amenait une paix simulée que le lendemain voyait troubler. Mais le duc d'Orléans s'étant vanté d'avoir obtenu les faveurs de la duchesse de Bourgogne , Jean-sans-Peur voulut en finir.

Le a3 novembre 1407, le duc d'Orléans étant chez la reine, on vint l'avertir que le roi le demandait; il sortit aussitôt, précédé de quelques valets de pied portant des flambeaux. Arrivé dans la rue Barbette , près de l'hôtel de Notre- Dame , le prince fut entouré par dix-huit assassins apostés par le duc de Bourgogne, et qui fondirent sur lui en criant : A mort! Il éleva la voix en disant : Je suis le duc d'Orléans... et il tomba percé de coups, répétant : « Qu'est ceci? d'où vient ceci?» Les gens de sa suite avaient pris la fuite, à l'exception d'un seul , qui fut trouvé mort sur le corps de son maître. C'est ainsi que le rabot de Bourgogne passait sur le bâton noueux d'Orléans. Les restes de Louis furent inhumés dans l'église des Blancs-Manteaux , où il avait choisi sa sépultitre. {Biographie contemporaine.) La «douleur de Yalentine de Milan fîit la seule oraison funèbre «du duc d'Orléans.

i:;:ïiïs-r3 il:3 s;

Page 1