‹ Musée de VersaillesChapitre 14 sur 59 · PHILIPPE-LE-BON · texte numérisé non relu

PHILIPPE-LE-BON

Le désespoir fut grand parmi le peuple, et.méme parmi les seigneurs de la cour, lorsque le cercueil de PhiIippe-le-Bon,.fils de Jean-sans-Terre , duc de Boui^ogne , fut descendu dans les caveaux de l'église de Saint-Donat , et que les hérauts eurent jeté leur bâton blanc dans la fosse; on n'entendait de. toutes parts que sanglots et lamentations-

Sans la crainte que répandait l'aTènement de M. de Charolais, dont on connaissait déjà l'orgueil, l'obstination et la dureté, peut-être te vulgaire aurait-iJ, comme les gens plus doctes et plus sages, mêlé quelque blâme aux regrets et aux louanges qu'inspirait le souvenir du duc Philippe.

Sûrement ce règne de cinquante années avait été noble et glorieux, te duc avait été le plus grand souverain de son temps. Aucun roi n'avait eu tant de puissance et de richesses. Sa cour avait été composée de princes et de souverains qui vivaient sous ses yeux et lui formaient un pompeux cortège. Son nom avait rempli la chrétienté, retenti dans les pays d'outre-mer et jusque chez les infidèles d'Orient. Nul n'avait si bien gouverné ses peuples, avec une telle prudence, avec une si grande modération, avec une habileté qui aurait pu se passer de conseillers, et qui pourtant avait toujours recherché les plus sages. On pouvait dire aussi à son honneur, qu'après avoir, en sa première jeunesse , cédé à la vengeance, il avait ensuite épargné et sauvé le royaume de France, et rendu honneur et puissance au chef de sa race. Mais aussi quelle ambition

n'avait-il pas montrée! que de guerres 11 avait entreprises pour accroître sa grandeur et sa richesse! et sur qui avait-il fait toutes ses conquêtes? Sa famille entière avait été dépouillée. Le Ilaînaut, la Hollande et la Zélande étaient l'héritage de madame Jacqueline ; ses droits sur le Luxembourg venaient d'un testament surpris à sa tante; le Brabant n'avait passé en entier dans ses mains qu'en privant de leur part dans la succession ses cousins les comtes de Nevers et d'Étampes. Puis que ne pouvait-on pas dire de son penchant vers une vaine gloire; de cette colère si chatouilleuse sur tout ce qui semblait toucher à son honneur; de sa volonté si absolue qui ne respectait jamais les privilèges de ses peuples, et qui avait fini par dépouiller de leurs vieilles libertés les bonnes villes de Flandre! C'était en répandant des torrents de sang qu'il avait établi son autorité en Hollande.

Quoi qu'il en fût, ce qui se, passa après lui confirma toujours la renommét^ de ce bon et grand duc Philippe de Bourgogne. Son règne resta dans la mé< moire des peuples comme une époque d'éclat, de puissance, de richesse, et même de bonheur; car jamais la Flandre ne trouva un temps si prospère. La maison de Bourgogne avait été mise au tombeau avec lui.

Le duc Philippe mourut âgé de plus de soixante-douze ans. Sa taille était élevée; sa démarche noble; les traits de son visage n'étaient point beaux; ses yeux bleus étaient petits; ses sourcils bruns et avancés; son nezaquilîn : mais son aspect était imposant, et sa physionomie toute royale.

11 avait été marié trois fois : à madame Michetle , fille du roi Charles IV ; à Bonne d'Artois , fille du comte d'Eu , et veuve du comte de Nevers ; enfin , à Isabelle de Portugal, qui lui survécut de quatre années : elle lui donna trois enfants, Jadoc et Antoine qui moururent en bas âge, et le duc Charles, son successeur. {Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois.)

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