‹ Musée de VersaillesChapitre 15 sur 59 · A ORLÉANS · texte numérisé non relu

A ORLÉANS

Dépuis longtemps il n'était bruit que de cette merreilleiise fille dans la place et dans le camp. Les Anglais, saisis d'une terreur panique à son approche, abandonnèrent la bastille qu'ils avaient éhvée du côtédela Sologne, it Jean-le- Blanc, près de l'endroit où l'on chargea le convoi qu'elle avait amené sur des bateaux, pour le transporter à Orléans, et, le soir du deuxième jour après son départdeCfainon,Jeaiinedébarquaitau milieu desOrléanais avec T^Hireet deux cents lances. T^e 4 mùf un nouveau convoi arriva par la Beauce; la Pucelle et Danois allèrent au-devant , et le ramenèrent enseignes déployées à travers les bastilles des Anglais qui, troublés de je ne saisquetles craintes mystérieuses, prenaient au sérieux la patriotique inspiration de la Pucelle, et n'osaient plus s'aventurer contre elle. Bientôt les râles changèrent : les assiégeants furent attnqués à leur tour dans leurs bastilles. Au moment où le convoi venait d'entrer dans la ville , quelques hommes d'armes , ne consultant qu'eux-mêmes, sortirent des portes en plein midi , et montèrent à l'assaut de la bastille Saint-T<oup. Ld Pucelle , au retour de l'expédition , s'était jetée sur son lit pour dormir ; réveillée en sursaur, elle s'arma à la bâte, et courut à la porte de Bourgogne où se livrait le combat. En trois heures la bastille fut enlevée, et tous ceux qui la défendaient passés au fil de l'épée. « Jeanne était bien triste de voir tant de gens mourir sans confession; elle en sauva quelques-uns qui s'étaient déguisés en prêtres, 'ayant pris des robes dans l'église Saint-Loup. » (De Barante). Le 7 fut la grande journée du siège. La veille, Jeanne avait commencé

l'attaque du-côté des porlereaux. Elle avait traversé la Loire dans une petite barque avec La Hire, traînant derrière eux leurs chevaux par la bride, et mené les Français contre la bastille des Auguslius qui , malgré les efïbrts de Talbot, fut prise et brûlée. Il ne restait plus aux Anglais que le fort des Tournelles, où commandait sir Guillaume Gladesdale , un de leurs plus braves chevaliers. Sir Guillaume se défendît longtemps avec bravoure « écartant les assaillants avec ses longues coulevrines; ses gens renversaient à coups de haches et de maillets tous ceux qui essayaient de dresser leurs échelles. Vers une heure après rnidi^ la Pucelle en prit une et l'appliqua contre le rempart. Mais, comme elle montait, elle fut renversée dans le fossé par une flèche qui l'atteignit entre le cou et l'épaule, et qui sortit d'un demi-pied par derrière. Emportée à l'écart, elle arracha elle-même la flèche de sa plaie sur laquelle on mit un appareil d'huile et de vieux lard, et, s'étant retirée seule dans une vigne pour prier Dieu, elle retourna pleine d'ardeur à l'assaut. Déjà la poudre manquait aux Anglais. L'artillerie de la ville avait fait de larges brèches aux murailles; un charpentier jeta une poutre en travers de l'arche brisée qui séparait le pont du premier rempart des Tournetles, et les hommes d'armes arrivant de ce côté, Gladesdale, qui se trouvait entre deux assauts, fut obligé de se retirer dans l'intérieur de la bastille, où il périt bientôt avec les siens. Le lendemain le duc de Suffolk mit le feu lui-même aux bastilles de la rive droite, et vint ranger en bataille ce qui restait de son armée sous les murs de la ville, comme pour offrir le combat; mais on le laissa partir: la ville, déHvrée, ne songeait plus qu'à s'abandonner à la joie ; la Pucelle avait hâte d'aller joindre \e gentil dauphin dont elle venait de sauver la couronne.

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