‹ Musée de VersaillesChapitre 16 sur 59 · SAINT-POL · texte numérisé non relu

SAINT-POL

Luxembourg (Louis de), comte deSaint-Pol, né en i4id; se trouve appelé par la mort de son père, le comte de Conversan et de Bri^ne, à jouer un rôle dès l'âge de quinze ans, dans les grands démêlés de la France ef de l'Angleterre. Sa signature et celle du comte de Ligni , sou tuteur et son oncle, manquent au traité d'Arras qui ralliait à Charles VII le puissant duc de Bourgc^e. Mais le jeune comte de Saint-Pol ne s'en tint pas k cette exposition négative, et mal advint, car il fallut que la comtesse douarière vînt se jeter aux genoux du roi, et lui cédât ta place de Mark, pour obtenir te pardon de son fîls. D'Anglais decœur qu'il était, Saint-Pol se fait Français d'assez bonne grâce, et au siège de Dieppe il est armé chevalier de la main du dauphin; ses sei-vices, pendant toute la campagne , furent bons et loyauk ; il s'empara de différentes places en Flandre et en Normandie , et concourut à la prise de Rouen , de Caen et à cdle dllarfleur, sous les ordres du roi , en 1 449 > "■*'* *"* dévouement n'alla pas jusqu'à se séparer des intérêts de la Bourgogne dans la guerre du bien public, et, par le traité de Conflans , Louis XI lui conféra le titre de connétable dé France. Loin de s'en tenir là, il lui fait épouser Marie de Savoie, soeur de la reine, et lui donne le comté de Guines et la seigneurie de Novion. En 1 466 , malgré tant de bienfaits , il eut le chagrin de le voir servir dans l'armée de Bourgogne contre les Uégeois. L'épée de connétable, répée du roi pouvait être mieux employée, et ce ne fut qu'après la mort de Philippe-le-Bon que le comte dé Saint-Pot parut enfin se fixer au service de la France ; mais il ne fit que s'agiter entre les deux puissances rivales qu'il s'efforçait de mettre aux prises, afin de se rendre nécessaire et de se faire un royaume à leurs dépens ,

car si Charles-le-Téméraire voulait être empereur, c'était bien le moins que lui , preinier officier de la couronne et beau- frère du roi , voulut être roi.

Louis intéresse le duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre à la vengeance d'une triple trahison et se charge de la procédure et de l'exécution. Ce ne fut pas long. Jean de Popincourt, second président du parlement, dit au connétable: «Monseigneur, vous savez que, par l'ordonnance du roi, vous avez été constitué prisonnier à la bastille Saint- Antoine , pour raison de plusieurs cas et crimes à vous mis sus et imposés, auxquelles charges vous avez répondu et été ouï en tout ce que vous avez voulu dire , et surtout avez baillé vos excusations : et tout vu à grande et mure délibération, je vous dis et déclare, par arrêt d'icelle ^ cour , que vous avez été crimineux du crime de lèse-majesté, et, comme tel, êtes condamné , par icelle cour, à souffrir mort dans le jour d'hui : c'est à savoir que vous serez décapité devant l'hôtel de cette ville de Paris; et toutes vos seigneuries, revenus, et autres héritages et biens , déclarés acquis et confisqués au roi notre sire. » Il ne s'attendait pas à une condamnation si sévère , et il en parut surpris. Cependant il ne dit rien qui marquât de la faiblesse; mais seulement : « Dieu soit loué ! voici bien dure sentence ; je lui supplie et requiers qu'il me donne grâce de le bien connaître aujourd'hui. » Puis, se retournant du côté de M. de Saint-Pierre , il lui dit : « Ah ! M. de Saint-Pierre , ce n'est pas là ce que vous m'aviez toujours promis »

A trois heures après midi , il sortit du buœau de l'Hôtel-de-Ville , et monta sur l'échafaud. Il se jeta d'abord à genoux du côté de l'église Notre-Dame , et il fut long-temps en prière, baisant de temps en temps', avec de grandes marques de dévotion , une croix que le cordelier lui présentait. Il se leva ensuite , et le nommé Petit-Jean , fils de Henri Cousin , exécuteur de la haute justice , s'approche pour lui lier les mains, ce qu'il souffrit bien bénignementj dit la chronique. 11 se tourna du côté du chancelier, et des autres magistrats et seigneurs qui étaient sur le grand échafaud, et leur dit qu'il demandait pardon au roi , et qu'il les priait d'avoir soin de son âme , ajoutant qu'il ne prétendait pas , pour cel{» , qu'il leur en coûtât rien du leur. Il fit la même demande au peuple, et s'alla mettre à genoux sur un petit carreau de laine aux armes de la ville , qu'il rangea avec le pied. Pendant qu'on lui bandait les yeux , il récitait des prières, parlait à son confesseur , et baisait la croix. Ensuite Petit-Jean , ayant pris une épée que son père lui donna, abattit d'un seul coup la tête du connétable. Son corps tomba presque en même temps. Le bourreau prit la tête qu'il plongea dans un seau d'eau, et la montra aux spectateurs, qui étaient bien^ dit la chronique, deux cent mille personnes et mieux.

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