‹ Musée de VersaillesChapitre 18 sur 59 · LOUIS XI A PÉRONNE · texte numérisé non relu

LOUIS XI A PÉRONNE

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Le duc de Bretagne venait de signer avec Louis XI le traité d'Ancenis par lequel il renonçait à Talliance de la bourgogne ^ et Charles-le-Téniérairey abandonné à l'entrée d^une guerre dans laquelle on Tavait jeté , n'osait plus ni avancer ni reculer. D'un autre côté, les capitaines des compagnies d'ordonnance demandaient à grands cris qu'on les laissât faire, et prQn^ettaient au roi de lui rendre «bon compte de ce duc de Bourgogne ». Louis .seul s^obstinait à traiter. Les finesses diplomatiques n'étaient pas seulement uii moyen pour ce rusé monarque : il en faisait une affaire d'amour-propre , et né laissait pas volontiers échapper l'occasion d'exercer son art. Voyant que ses gens n'avançaient à rien auprès de son impétueux cousin de Bourgogne , il pensa que c'était le moment de prouver sa supériorité .sur eux, et, plein de confiance dans les souvenirs de i' entrevue de Ck)nflans, il résolut d'y aller lui-même.

En dépit de tout, Charles n'avait point oublié Genep. Il vint au devant du roi y qui l'embrassa avec ce grande amitié, » et ils entrèrent tous deux dans la ville en conversant familièrement, Louis tenant la main appuyée sur l'épaule du duc. Le lendemain les pourparlers commencèrent et sans grand succès, Charles s'obstinant à demeurer fidèle à ses alliés , même après leur défection; mais, au second jour, les nouvelles qui arrivèrent à Péronne interrompirent tout bnisquement. Avant l'expédition de Bretagne , Louis avait envoyé deux émissaires aux Liégeois pour les exhorter à reconquérir leurs libertés perdues à Saint-Tron. Ensuite , quand il eut résolu d'aller se mettre entre les mains du duc, il avait contremandé ce mouvement. Mais cette race colérique de bourgeois, habitués à la révolte , n'avait pas attendu 4e contreordre. A la première invitation, les Liégeois s'armèrent et vinrent à Tongres, où était leur évéque et le sire d'Imbercourt , un des principaux seigneurs de

Boui^ogne. Ils firent main basse sur la ville, massacrèrent seize chanoines, mirent en pièces Robert de Moriamez, le porte-bannière de révéque,et se firent un jouet de ses membres, qu'ils se jetaient à la tête les uns des autres. Ce furent des habitants de Tongres qui en firent le récit, lis accouraient encore tout éperdus, et avaient vu distinctement les émissaires de Louis XI au milieu de la foule des égorgeurs.

Ceci changea la face des affaires. Louis XI était venu chercher à Péronne les émotions d'une aventure politique ; mais sa position devenait plus dramatique qu'il n'avait compté. Dans le premier moment de sa fureur, Charles avait mis une garde d'archers aux portes de la ville et du château. « C'est le roi , s'écriait-il , qui par ses ambassadeurs a excité ces cruels et mauvais gens de Liège; mais, par saint Georges, ils en seront punis, et il aura sujet de s'en plaindre. » Il se promena toute la nuit, s'emportant en menaces. T<e lendemain on tint conseil ; mais Charles , indécis entre la crainte et le désir de la vengeance , ne savait à quoi s'arrêter. Louis XI , de sa prison , osait à peine hasarder quelques timides promesses. Déjà l'on allait envoyer chercher monseigneur Charles de France, pour régler avec lui tout le gouvernement du royaume. \js messager avait mis ses houzeaiilx; son cheval était dans la cour sellé et bridé. Comines, Ursin et le chancelier de Boulogne, Pierre de Goux , parvinrent à ramener le duc à des sentiments plus modérés. Hasarder une pareille demande, c'était brûler ses vaisseaux, et Louis XI n'était pas homme à le lui pardonner jamais. On présenta enfin au prisonnier un projet de traité. Charles y décidait à son avantage toutes les questions en Htige depuis trente ans sur les droits de souveraineté des ducs de Bourgogne dans leurs états d'Artois et de Picardie, et faisait donner pour apanage à Charles de Frnnce la Champagne et la Brie. I^s gens du roi essayèrent quelques remontrances; mais à chaque hésitation: « il le faut, monseigneur le veut, s Enfin, Louis XI tira de ses coffres la fameuse croix de Saint-Lo, qu'il portait partout avec lui , et jura le traité en présence de son frère de Bourgogne, qui Temmena ensuite avec lui contre les Liégeois.

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