‹ Musée de VersaillesChapitre 2 sur 59 · BATAILLE DE TOLBIAC · texte numérisé non relu

BATAILLE DE TOLBIAC

Clovis, maître d'un vaste territoire, si on le compare au nombre de ses compagnons , vit bientôt arriver auprès de lui une foule de guerriers Francs , qui lui offraient leurs services en échange des terres et des charges dont il pouvait disposer : conséquence naturelle du genre de vie guerrier et indépendant des Germains ; ne tenant à rien , ils accouraient tous à celui qui pouvait leur donner le plus ; c'étaient de vrais condottieri , avec cette différence que les soldats mercenaires d'Italie formaient une classe à part, au lieu qu'en Germanie, la nation entière ne connaissait point d'autre état. Clovis profite de cet agrandissement subit de puissance pour arrondir le territoire dont il s'est emparé. £n 49^ il y ajoute la ville de Tongres qui, comme tant d'autres villes de ce temps-là, s'était faite une existence indépendante. En 493, les Rémois se rendent à lui, persuadés, dit-on, parles exhortations de leur évèque, saint Rémi, non moins que par les armes de Clovis. Il cherche à s'immiscer dans les affaires du raidi , et demande à Gondebaud sa nièce Clotilde en mariage. Gondebaud craint, comme avait fait Alaric, les dangers d'un refus vis-à-vis d'un Barbare dont il sentait la force , et qui ne demandait qu'Un prétexte pour se jeter sur lui; il laisse partir la jeune fille dont il avait exterminé la famille, et achète à ce prix un repos précaire. Clotilde était chrétienne; « elle ne cessoit de prêcher au roy , et de l'admonester de connoître le vray o Dieu et de contemner {mépriser) les idoles, n II n'y était peut-être déjà que trop brutalement porté: dès le commencement de la conquête , il avait protégé le clergé, témoin le fameux vase de Soissons; il était en commerce épistolaire avec saint Rémi. La politique toute seule lui parlait sans

doute plus haut que les exhortations quotidiennes de sa femme. 11 ne faut pas pourtant rejeter la célèbre tradition qui attribue la conversion du roi Franc à un moment d'entraînement au milieu d'une bataille. Elle est trop bien dans les mœurs du temps, pour que Ton se croie en droit d'y substituer des raisonnements et des calculs qui ne viennent qu'après coup.

A peine les Francs commençaient-ils à jouir de leur conquête , qu'ils se voient menacés dans leur possession. On ne sait pas trop bien ce que sont ces Allemands qui viennent les attaquer. Faut-il entendre par ce mot lancienne tribu des Allamanni , ou bien un ramas d'hommes {allamans ^ al-mann ^ tout homme) d'au-delà du Rhin, toujours jaloux de ceux d'entre eux qui parvenaient à trouver place dans l'empire ? Dans la rencontre qui eut lieu à Tolbiac (496), les Francs pliaient déjà « quand Clovis apercevant tel désastre leva les yeux « vers le ciel , et d'un cœur époinçonné d'un céleste rayon , ayant la larme à ce l'œil , se prit à dire. O Seigneur JÉSUS-CHRIST , que Clothilde assure être fc le vray fils de Dieu.... Maintenant je t'invoque , et désire de croire en toy , si « seulement je suis tiré du poussoir de mes ennemis. Cependant qu'il prioit

ainsi, les Allemands, tournant le dos, commencèrent d'être mis en déroute (( et fuite , et voyant leur roy tombé mort, ils se mirent à la subjection du roy c< Clovis, luy disant: Nous te prions, sire, de faire cesser le massacre qui est c( embrasé contre nous, car jà nous sommes des tiens. » (Grégoire de Tours.)

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