BATAILLE DE TOURS
11 y avait juste un siècle qu'à la voix de Mahomet les cavaliers arabes s'étaient ébranlés pour la première fois (expédition de Syrie, 63a; bataille de Tours, "j^t ), ets'étaient jetés sur l'univers afin de le convertir les armes à la main. S'avançant k la fois à l'orient et à l'occident , leur empire s'était étendu de proche en proche, d'un côté jusqu'aux Indes et la mer Caspienne , de l'autre jusqu'aux Pyrénées. Arrivés là, ils voulurent aller toujours et descendirent dans la Septimanie. C'était la continuation de leur conquête sur les Visigoths qui n'avaient jamais perdu leur province de Septimanie; aussi tant qu'ils s'en tinrent là , on les laissa faire ; ils inspirèrent même si peu de terreur qu'Eudes implora, en 721 , leur secours contre Charles et donna sa fille à l'émir qui les commandait ; mais une révolte de cet émir vint tout cbanger. T^ calife envoie contre lui son ennemi Abdérame, qui le bat et le tue. Sa femme est envoyée au calife, et son beau-père attaqué comme ennemi d'un rebelle ( 73o }. Eudes essaie de résister ; mais trop faible pour lutter avec avantage , il appelle à son secours le redoutable Charles j occupé alors à battre les Germains : on ne sait si ce fut pour répondre à cet appel ou pour se défendre lui-même que Charles accourut sur les bords de la Loire. Déjà la cavalerie sarrazine avait pillé les riches campagnes qui s'étendent près de ce fleuve et s'était avancée jusqu'à Autun (731 ). Ces ravages durèrent'peu: bientôt arrivent les lourds bataillons austrasiens, et le choc a lieu dans les plaines qui vont de Tours à Poitiers (732). Le combat dura un jour, et, dans la nuit qui suivit, Abdérame décampa avec ses légers Sarrazins qui lurent bientôt hors d'alleinte.
Voilà à quoi se réduit cet événement si renommé et que nous serions bien aises de dépoétiser un peu. La conquête mahomélane, arrêtée dans les plaines
de Tours, est une de ces phrases historiques qui sont devenues des vérités à force d'être répétées, mais contre lesquelles on pourrait néanmoins élever quelques objections. La conquête mahométane fut si peu arrêtée dans les plaines de Tours , que l'année même qui suit la bataille , nous voyons des partis de Sarrazins entre la Seine et la Loire (733); qu'en 736, une armée de Sarrazins est en Bourgogne, où l'appelaient les seigneurs du pays ; que les dernières années de Charles sont presque entièrement employées à guerroyer dans le midi contre les Sarrazins, qu'il bat plutôt qu'il ne réduit; et qu'enfin, en 759, ceux-ci étaient encore à Narbonne, d'où ils furent chassés par Pépin. Il faut en outre renoncer à se représenter l'expédition d'Abdérame comme un remuement général de population que l'on comparerait presque aux croisades, si l'on en croyait les phrases de nos historiens: c'était une armée d'expédition, et rien de plus. Il faut faire aussi le sacrifice de ces trois cent vingt mille Sarrazins qui jonchèrent , dit-on , les plaines de Tours ; il est permis de douter qu'il y eût alors autant de Sarrazins dans toute l'Espagne, quand on se rappelle que l'armée qui en fit la conquête ne s'élevait guère au-delà de quelques milliers. Néanmoins nous' serions injustes si nous contestions à Charles-Martel, que nous pouvons dès-lors appeler de tout son nom, la gloire d'avoir mis un terme aux envabissemeuts vraiment menaçants pour l'Europe de la puissance arabe; mais ce ne fut pas à Tours, ni en l'annét 733, ce fut partout où il se mesura avec eux, et aussi bien en ^36 (Boui^ogne), en 739 (siège de Narbonne), qu'en cette fameuse année qui s'est emparée à elle seule de la gloire de toutes les autres.