JEAN-SANS-PEUR
Après la bataille de Nicopolis (1398), ohdit que Baj^zet, passant en revue ses prisonniers , s'arrêta devant le fils du duc dé Bo^r^ogne , le regarda fixement, et dit aux siens : « En voici un qu'il feut renvoyer, car, de retour dans sa patrie , il y causera de grands troubles. »
La prédiction ne s'accomplit que trop, et, à la mort de Philippe (i4o4)> Jeansans-Peur prend place dans le conseil à côté; de Louis d'Orléans. Tandis que Louis écrase le royaume de nouveaux impôts et en dissipe insolemment le produit dans des fêtes brillantes dont il fait les hontxeuçs avec Isabelle , Jean est dans les halles , entouré de gens de métiers et ;de femmies du peuple , applaudissant à leurs grossières invectives contre. la coUr, prenant part lui-même à leurs murmures et leur racontant comm'^nt. Louis a fait enlever nuitamment le trésor de l'État par ses archers. Au.sortir.de là, il se rend à la chambre du conseil, où, s'adressant au régent, il déclaré. qu'il ne doiuie son. assentiment à rien de ce qui se fait, et il se retire d'un air ii^digné. Ce manège lui gagna toute la populace de Paris, et elle devint bientôt si menaçante que Louis, ne se trouvant plus en sûreté dans la viUe , prit la fuite avec Isabelle et se retira dans son duché (i4o6).
Il en revint au bout de quelques mois , à la tête d'une armée , et la bataille semblait inévitable , quand le Bourguignon , qui ne voulait pas en courir les chances, négocie un accommodement. TjCS portes de la ville sont ouvertes aux troupes orléanaises ; les deux ducs s'embrassèrent à la vue du peuple et dés soldats; ils mangèrent à la même table, couchèrent dans le même lit; et les chevaliers de Louis, qui n'avaient plus rien à faire, reprirent par bandes le chemin de leur pays. Son armée s'étant ainsi dissipée d'elle-même , il tomba ,
un soir qu'il passait dans la rue Barbette , au milieu d'une troupe de gens armésy et fat égorgé (1407).
Jean se nomma tout haut, et, sans s'inquiéter de Tindignation de la cour et des pleurs de Valentine , il courut en Flandre , où les Liégeois venaient de se révolter. Vainqueur des Liégeois à Hesbain (i4o8), il retourne triomphant à Paris , d'où la cour s'enfait à son approche , et , comme pour insulter à ses ennemis , il commande une apologie de son crime au docteur Petit j qui la débite sur le pands Notre-Dame j aux grands s^laudissements du peuple. Mais cette défense nrétait qu'un jeu : la véritable défeive devait ae tûre les armes à la main.
La famille d'Orléans, pour qui la loi et la royauté sont impuissantes , s'allie par un mariage Bernard d'Armagnac, qui disposait à lui seul de la moitié du Midi j et met ses partisans en campagne sous le nom ^Armagnacs (i4io). La guerre civile est partout. Un traité d'accommodement, que le pauvre roi a dicté dans un moment lucide (141^)9 est bientôt rompu. Paris est à feu et à sang. La Bastille est prise ; Desessarts , qui en était gouverneur, est traîné sur une claie dans les rues, puis massacré (i4i3). La haute bourgeoisie et une partie des corporations se lassent à la fin des fareurs de la populace; les charpentiers déclarent la guerre aux bouchers dans la grande salle de llIotel-de-Ville; quarante mille hommes se mettent sous les armes, et les Bourguignons sont chassés de Paris ( 1 4 1 3). Ce ne fut pas au profit de la royauté et du dauphin que se fit cette révolution : les Armagnacs succèdent aux Bourguignons, et Charles YI, auquel on a fait signer un édit qui proscrit l'usage des noms et des couleurs des deux partis, parait bientôt à la suite de Bernard d'Armagnac, affublé de l'écharpe blanche, et suivant les Armagnacs contre les Bourguignons (i4i4)- La bataille d'Azincourt (i4iS) ^^ ^n quelque sorte gagnée par les Anglais au profit de Jean , qui , deux ans plus tard, pendant que Henri Y entrait dans Rouen par la brèche, se rend maître de Paris. Les Anglais s'avancent toujours , et Jean songe alors à se rapprocher du dauphin. Invité par lui à une conférence sur le pont de Montereau , il est à peine séparé de son escorte que les barrières du pont se referment. Jean pâlit; mais, reprenant son courage, il alla à Tamieguy, qui se présentait pour le recevoir, et, le frappant sur l'épaule : « Voici, dit-il , en qui je me fie. » En ce moment Tanneguy lui £endit le visage d'un coup de hache , et ses amis l'achevèrent (1419)- J^» était né à Dijon, le a8 mai 1 371; il eut de Marguerite de Bavière , sa femme, un fils qui lui succéda sous le nom de Phi- Kppe-le-Bon.