CLÉMENCE DE LOUIS XII
Pendant qu'on célébrait la pompe funèbre du bon petit roi Charles, Louis prenait à Blois les arrangements nécessaires pour la cérémonie de son sacre. Il avait alors trente-sept ans ( 1 498)- De Reims il se rendit à Saint-Germain-en-Laye où il fit un séjour d'environ un mois. Le i *"■ de juillet suivant il reçut la couronne à Saint-Denis, et le lendemain il fit son entrée solennelle à Paris. Le peuple n'eut pas peur, il avait dès long-temps appris à aimer le nouveau roi, et sa conduite en Italie auprès du roi Charles, le sacrifice qu'il avait fait si loyalement de l'amour d'Anne de Bretagne aux intérêts de la couronne, avaient noblement expié les erreurs du prince féodal; mais l'aristocratie, qui n'aurait pas dû être scrupuleuse en pareille matière, ;faîsait grand bruit de la vieille affaire de Bretagne et ne parlait de rien moins que d'intervertir l'ordre de succession. Ce fut surtout en Italie que s'accrédita ce projet d'opposition que Machiavel constate avec le plus grand sérieux. Louis Xil laissa dire, et sa sentence favorite à François, comte d'Angoulême, était:» Que la puissance royale n'a rien de plus grand que d'être en situation de pouvoir conserver la vie aux hommes, et la nature rien de plus parfait que la volonté d'accomplir un si glorieux dessein. »
Qu^ques uns de ceux qui avaient eu part à ses disgrâces et que ta faveur du règne présent avait largement dédommagés cherchaient à animer Louis contre les anciens serviteurs du feu roi, et entre autres contre La Trémoille, qui conservait encore l'office de premier chambellan, lui qui avait battu et
<îc|^» 2 «(lofait prisonnier le duc d'Orléans à la bataille de Saint-Aubin. « Louis le manda de son propre mouvement, le confirma en tous ses états, officas, pensions et bienfaits, le priant de lui être aussi loyal qu'à son prédécesseur, avec proraessp de meilleure récompense. > (Sfém. de LaTrémoille, cfaap. viii,p. 1 58.) A ce noble traitement fjouis XII ajouta cette parole si belle et si connue : c ï^e roi de France ne venge pas les injures du duc d'Orléans. » Il traita Avec la même générosité les courtisans à qui leur dévouement pour Charles VIII faisait redouter son inimitié; il leur annonça qu'aucun d'eux ne serait privé de ses emplois et de ses bonneurs. Il n'avait rien oublié et ne se souvenait que pour pardonnerdemeilleuregrâce;son mot était: Jésus-Christ est aussi bien mort pour les autres que pour moi. « U fiit très grand justicier (dit Humbert Vellai), qui est la première partie nécessaire à un prince souverain , comme représentant Dieu en terre, au gouvernement qui lui est, par sa divinité, commis de ses peuples et régions. Il fiit infiniment débonnaire et amateur de son peuple, comme, pour le semblable, il était honoré, respecté, obéi et vénéré de tous ses sujets; et quelque grandes aflaires qu'il ait eue«, il a pris la peine de le soulager et a empêché qu'il ne fut opprimé de subsides et de tailles extraordinaires , et par les gens de guerre, qui fiit cause qu'entre tous les autres rois ses devanciers il mérita ce beau nom et titre de père du peuple. »
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