LES ÉTATS-GÉNÉRAUX SOUS LOUIS XII
K L'ouverture en fut faite à Tours, le dixième de mai i5o6; et ce fut le docteur Bricot, fameux dans l'Université de Paris par son éloquence, qui fut choisi pour porter la parole. Il s'en acquitta dignement; et après avoir flatté le roi par l'endroit qui le toucliait le plus agréablement, c'est-à-dire par la tendre affection qu'il avait pour ses peuples, par. le grand ordre qu'il avait mis dans la justice, dans la milice, dans les finances, et tout cela par rapport au bien et au soulagement du royaume ; après avoir montré avec combien de justice il méritait le glorieux surnom qu'on lui donnait, de Père du peuple, U entra dans le détail des grands inconvénients du mariage de madame Claude de France avec un prince étranger, à cause du démembrement de tant de beaux états, que la princesse porterait en dot à son époux, et dont quelques-uns ouvraient aux ennemis l'entrée jusque dans le cœur du royaume. Ensuite il supplia le roi, au nom de tous les bons sujets, de ne pas passer outre un si important article, et de vouloir bien faire épouser la princesse au prince François, comte dWngoulème, son héritier présomptif, au caH que Sa Majesté n'eût point d'enfants mâles.
a La harangue étant finie, te roi répondit, par la bouche de son chancelier, qu'il avait pour très agréable la remontrance des états; mais qu'il s'y agissait d'une affaire de si grande importance, qu'il y voulait penser sérieusement, avant que de se déterminer au parti qui conviendrait le mieux.
. 'Sur ces entrefaites, les députés des états de Bretagne arrivèrent à Toui's, et, comme plus intéressés encore que les autres Français, à cause du duché
lie Bretagne qui cliangerait de maître par le mariage de la princesse, ils présentèrent en leur nom une requête sur le même sujet.
« Le roi ayant mis rafiaire en délibération dans le conseil , où il appela les plus considérables des trois états, leur proposa l'unique peine qu'il avait à consentir à la demande qu'on lui avait faite, qui était de manquer à la parole qu'il avait donnée par mariage au roi des Romains et au roi de Castille. La chose fut examinée avec grande application, et tous conclurent que le roi n'était point obligé à tenir ce traité, parce qu'il n'avait pu le faire; d'autant que, par le serment qu'il avait fait à son sacre, il était obligé pardessus toutes choses k procurer la sûreté de ses sujets et le bien général du royaume; qu'il n'était point en son pouvoir d'aliéner le domaine de la couronne, à moins qu'il n'en revînt un avantage plus considérable à l'état; qu'enfin, quelques traités et quelques serments qu'il eût faits, ils ne pouvaient obliger personnellement la princesse, qui était alors et encore en bas âge ; que quand même on en serait venu jusqu'aux fîançaitles, ce qui n'était pas, elle n'aurait par cette raison aucun engagement.
n Le roii convaincu par tant de raisons, qui ne lui per'suadaient rien de contraire à ses inclinations, ordonna l'assemblée générale des états pour le lendemain, où il leur déclara qu'il accordait à leur zèle pour sa gloire et les intérêts de ses peuples ce qu'ils lui avaient demandé avec de si pressantes instances; que la princesse n'épouserait point le duc de Luxemboui^, et qu'il consentait à son mariage avec François, comte d'Angoulême, son héritier présomptif Ce fut une joie incroyable dans toute l'assemblée, que la plupart exprimèrent plus par leurs larmes que par leurs discours; le roi en fut si touché lui-même, qu'il ne put retenir les siennes.
■ Il mit le comble k cette joie lorsque, le vingt-unième jour de mai, lete de l'Ascension, la princesse fut fiancée au prince en présence de toute la cour, par le cardinal d'Aniboise; et ensuite le roi congédia les étals. « (>. Daniel, Histoire de Fmnce.
);i,isao;)i A :; :.■:.!■:; CIA.