BATAILLE DE RAVENNE
Le 1 1 avril 1 5 1 a , jour de Pâques , à la pointe du jour , Gaston fit passer le Ronco à son armée, ne laissant qu'une faible réserve pour contenir tes assiégés dans les murs de Rayenne, et se déploya en demi-cercle dans la plaine , en marchant vers les alliés qui , d'après le conseil de Pietro Navarro , l'attendaient en bataille' defrièrc; leurs retranchements. Ij'aile droite de l'armée du roi , qui é'appuyait auRoncO , était commandée par le duc de Ferrare qui avait sous ses ordres sept cents geridarmes et cinq, mille lansquenets. Au centre, on voyait l'ipfantçrie française forte de huit mille hommes; plus loin , cinq mille fantassins italiens » et à l'extrême gayche trois mille archers çt chevau-légers. Enfin , en arrière du corps de bataille , était le reste de la gendarpierie sous les ordres de La Palisse , lequel avait à ses côtés le cardinal de Saint -Séverin qu'à son armure et à son ardeur martiale on aurait pris pour un capitaine plutôt.que pour le légat du concile.
Les alliés avaient à leur gauche , c'est-à-dire près de la- rivière , huit cents gendarmes , puis six mille hommes de pied italiens ; au centre et un peu en arrière , le corps d^ bataille composé de six cents gendarmes et de quatre mille Espagnols. Ce corps avait à sa droite plusieurs escadrons de gendarmerie et l'autre moitié de l'infanterie espagnole. Enfin , la cavalerie légère voltigeait du côté le plus éloigné de la rivière.
L'armée française s'arrêta à deux cents pas du fossé qui couvrait de toute sa longueur les troupes espagnoles , et pendant deux heures on ne fit que se canonner de part et d'autre. L'artillerie espagnole maltraitait horriblement l'infanterie française. Le brave seigneur de Molart et le capitaine de Fribei^
furent emportés d'un même coup de canon , et plus de deux mille soldats jonchaient la terre avant qu'on en fût venu aux mains. Cependant , quelques pièces de canon que Bayart et d'Alègre avaient fait habilement pointer sur la cavalerie de Fabricio Colonna ne causaient pas de moindres ravages dans ses rangs. Pietro Navarro patientait à la tète de son infanterie couchée à plat ventre au-dessous de la gendarmerie de Fabricio; car, pourvu qu'il la conservât intacte, la victoire lui paraissait assurée. Mais sa prudence devint suspecte. Colonna débouche dans la plauie et Pietro Navarro fut contraint de le suivre avec tes siens qui , se relevant fièrement , engagèrent le combat avec les aventuiiers et les lansquenets qui se trouvaient vis-à-vis d'eux. Bientôt ils joignirent les Français et furent rudement reçus par la gendarmerie de Gaston. « Depuis que Dieu créa ciel et terre , il ne fut peut-être jamais vu un combat plus rude et plus acharné que celui que les Français et les Espagnols se livrèrent pendant une heure. » I-es deux partis étaient obligés , de temps en temps , de s'arrêter vis-à-vis l'un de l'autre pour reprendre haleine , puis ils rechargeaient avec une nouvelle fureur. L'inégalité du nombre n'avait point empêché Gaston de faire perdre du terrain à Fabricio Colonna , et l'arrivée de la réserve redoubla la vivacité de l'attaque. Les archers de la garde portaient à l'arçon de leurs selles de petites coignées qui leur servaient à dresser leurs logements ; ils les mirent en œuvre et , frappant à grands coups sur l'armet des Espagnols, ils en assommaient autant qu'ils en h-appaient. 11 y avait dix heures qu'on se battait ; les ennemis furent contraints de céder le champ de bataille, laissant sept mille morts, toute leur artillerie, leurs bagages et un grand nombre de prisonniers , entre lesquels les plus considérables étaient le cardinal de Médicis, Navarro et Fabricio Colonna réservés à l'humiliation de suivre à pied , non pas le triomphe , mais le char funèbre de leur vainqueur; car Gaston , le héros de cette mémorable journée , suivi de quatorze ou quinze gendarmes , était allé se faire tuer dans les rangs de l'infanterie espagnole qui , au milieu de la confusion générale, se retirait en bon ordre; et écrivait Bayard , « c'est le plus grand dommage que de prince qui mourut cent ans a , et s'il eust vescu âge d'homme , il eust fait des choses que oncques prince ne fit ; et peuvent bien dire ceux qui sont de deçà qu'ils ont perdu leur père , et de moy , je n'y sçaurois vivre qu'en mélancolie , car j'ay tant perdu que je ne sçaurois l'écrire. »