‹ Musée de VersaillesChapitre 26 sur 59 · ENTREVUE DU CAMP DU DRAP D'OR · texte numérisé non relu

ENTREVUE DU CAMP DU DRAP D'OR

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Charles d-Espagne venait d'être proclamé empereur sous le nom de Charles- Quint, et cette préférence qu'il avait obtenue sur le roi de France son compétiteur devait nécessairement amener une rupture. François r% avant la déclaration de guerre, voulut s'assurer du roi d'Angleterre. L'amiral Bonnivet reçut l'ordre de partir pour Londres et de s'entendre avec le cardinal Wolsey au sujet d'une entrevue projetée lors du.dernier traité entre la France et l'Angleterre (i 7 1 8), et «bientôt le roi/He^ri VIII débarqua à Calais avec la reine sa femme (5 juin i5.2i). Dès qye le rpi de France eh eut eu avis, il s'avança avec Louise de Savoie, sa mère, et toute sa cour, sur les frontières de la Picardie. Ces deux princes, ai^si qu'on entêtait convenu, se rencontrèrent le septième du mois entre Ardres et Guinesr, à mi-chemin de ces deux places. On n'avait point vu depuis très-longtemps en France Une si belle assemblée. La grande quantité de noblesse des deux nations, lé train, les équipages, la propreté des armes, la beauté des chevaux, la richesse des habits, surpassaient tout ce qu'on en peut imaginer. Cette assemblée, pour en marquer la magnificence, fut appelée alors le camp de drap dovy et la grande dépense superflucj dit le seigneur Du Bellai dans ses mémoires , fut telle , que plusieurs y portèrent leurs moulins^ leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules.

«Les deux rois, qui étaient les princes les mieux faits de l'Europe, montés chacun sur un genest d'Espagne , quittèrent leurs troupes dès qu'ils s'aperçurent l'un l'autre, et s'avancèrent au milieu du camp, le roi de France n'ayant avec lui que l'amiral Bonnivet et le chancelier Duprat, et le roi d'Angleterre étant suivi seulement du cardinal de Wolsey et des ducs de Norfolk et de SufFolk.

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«Ils s'embrassèrent à cheval avec de grands témoignages de tendresse; ensuite ils mirent pied à terre et entrèrent dans une tente qu'on avait dressée exprès au milieu de la campagne. Ils s'y entretinrent assez longtemps de leurs affaires I et remirent le soin à leurs ministres d'en traiter entre eux plus en détail.

« Durant ce séjour des deux rois en Picardie, dont Tun, savoir le roi de France, se retirait tous les soirs à Ardres, et l'autre à Guines, on remarqua entr' autres choses, que dans une entrevue où le roi d'Angleterre lut le projet du traité qu'on devait conclure, le roi de France y était nommé le premier; mais quand

ce vint au tour du roi d'Angleterre, il lut : Je Henri ^ roi il s'arrêta et dit

au roi : y ai pensé dire^ je Henri de France et d Angleterre; mais je ne le mettrai point puisque vous êtes icij et il se donna seulement le titre de roi d'Angleterre. Le roi sourit et lui marqua qu'il lui tenait compte de cette honnêteté , etc. » ( Daniel, Histoire de France. )

Ce fut à peine si au milieu des tournois , des réceptions splendides et des grands repas, l'on prit le temps de penser à l'objet réel de cette entrevue. Henri se rembarqua avant même que ses ministres eussent réglé toutes les difficultés qui s'élevaient encore au sujet du traité de i5i8. Charles-Quint prit mieux ses mesures. Le 11 mai, au moment même des préparatifs de l'entrevue, il s'était embarqué à la Corogne, laissant l'administration de l'Espagne à son ancien précepteur, Adrien d'Utrecht, et avait fait voile pour l'Angleterre, où, bientôt rejoint par Henri VIII, il traita ses affaires paisiblement et sans appareil. La grosse pension qu'il assura à Wolsey ne lui paraissant pas une garantie suffisante, il enlaça l'ambitieux prélat dans d'autres liens en lui montrant en perspective le trône pontifical, que les infirmités précoces de Léon X semblaient devoir rendre bientôt vacant. Pour flatter l'amour-propre de Henri VIII, Charles parut accepter sa devise. Il le fit l'arbitre de ses différends avec le roi de France, à la condition qu'il prendt*ait les armes contre celui qui se refuserait à son arbitrage. C'était se l'assurer d'avance; car il n'était pas douteux que le fier et hautain roi de France ne repoussât bien loin une pareille proposition.

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