CONNÉTABLE DE FRANCE
Montmorency (Anne de), connétable de France, un des hommes les plus remarquables du seizième siècle, naquit à Chantilly, et eut pour marraine Anne de Bretagne, son homonyme. Il passa son enfance à la cour, auprès du comte d'Angouléme, qui fiit plus tard François P'; aussi à l'avènement du jeune roi se trouve-t-il par droit de naissance et par faveur un des premiers autour du trône. C'était un homme tout en dehors, qui n'eut jamais de vie privée, qui fut toujours debout, impassible et sévère sur la scène politique. Guerroyeur impitoyable, il haïssait les gens de robe; général sans pitié, ses soldats l'avaient surnommé le Rabroueùr^ ses ennemis les huguenots le capitaine Brûle-Bancs ; fier de son titre de premier baron chrétien^ il n'oubliait jamais de réciter ses prières à la tête de l'armée; ce. qui faisait dire à ses soldats : « Dieu nous garde des patenôtres de monseigneur le connétable ; » car il les interrompait souvent pour infliger de rudes punitions , sur le rapport du prévôt.
Sa réputation militaire datait du siège de Mézières en iSai ; il y renversa le comte d'Egmont en combat singulier. A la malheureuse bataille de Pavie, il était auprès de François P**, et fut fait prisonnier comme lui. De retour en France, il s'y occupa activement de la délivrance du roi, et obtint le titre de grand-maitre de France, avec le gouvernement du Languedoc, qu'il occupait dix ans plus tard, lors de la grande invasion des impériaux (i536). Le maréchal de Montmorency s'était posté près d'Avignon, dans un camp inexpugnable, et vit, sans bouger, prendre Antibes et Fréjus, raser des villes entières, ravager le pays; mais la maladie se mit chez les impériaux, et activa la déroute. Charles-Quint abandonna honteusement le siège de Marseille, et fut rejeté en
-Kg* 2 =§4^ Italie, ruiné qu'il était par des combats de détail. Cette mémorable défense sauvait peut-être le royaume d'un démembrement. Le maréchal fut nommé connétable ( lo février 1 538) ; puis impliqué dans des intrigues de cour entre le Roi et le Dauphin, la maîtresse du premier et celle du second, il fut disgracié (i54i)> et se retira dans son domaine de Chantilly, où il resta jusqu'à la mort de François I" (1647). Rappelé par Henri II, il devint l'amede ses conseils, le chef de ses armées. Il cUlia sévèrement les révoltés de Saintonge, négocia avec Soliman au nom du roi son maître, qui continuait la politique du règne précédent, commanda successivement en Lorraine, en Picardie et en Flandre, et se laissa battre àla terrible journée de Saint-Quentin ( 10 août 1 557). Montmorency cherchait la mort; il fut obligé de se rendre, et ne recouvra la Uberté qu'après la conclusion de l'onéreux traité de Cateau- Cambresis, dont il fut le principal négociateur (3 avril 1 SSg).
Son rôle politique à l'extérieur commence à la mort d'Henri IL Disgracié d'abord, il s'allia aui Guises contre les protestants, et forma, avec le duc de Guise et le maréchal de Saint-André, l'historique triumvirat des guerres de religion; nous ne fe suivrons pas à travers les guerres civiles et les mille intrigues du temps. Toujours malheureux sur le champ de bataille, il fiit encore pris à la bataille de Dreux par les huguenots, au moment où son allié le duc de Guise remportait la victoire ( 19 décembre 1 56a). Cinq ans après, il fut blessé à mort dans les plaines de Saint-Denis, par Robert Stuait, encore à l'heure du triomphe, et mourut dans son lit deux jours après ( I a novembre 1 567) , à 74 ans. « Mon cousin , disait-nl à M. de Sangay, je suis a mort, mais ma mort est fort heureuse de mourir ainsi ; je n'eusse su mourir « ni m'enterrer en plus beau cimetière que celui-ci : dites à mon roi et i la n reine que j'ai trouvé l'heureuse mort dans mes plaies , que tant de fois j'avais « pour ses frères et aïeul recher^ée; portee-leur l'assurance de la 6délité que « j'ai toujours portée à leur service. • Puis au cordelier qui l'exhortait à bien mourir : c Croyez-vous qu'un homme qui a su vivre près de quatre-vingts ans, a ne sache pas mourir un quart d'heure, a II avait vécu sous cinq rois.
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