‹ Musée de VersaillesChapitre 28 sur 59 · DE L'ORDRE DU S -ESPRIT · texte numérisé non relu

DE L'ORDRE DU S -ESPRIT

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Cétait peu de temps après la mort de Quélus et de Saint-Mégrin. Le roi avait eu là deux amis qui lui avaient coûté cher ; il voulut s'en faire d'autres à meilleur marché et en tout bien tout honneur. A cette fin , il institua Tordre des chevaliers du Saint-Esprit. L'idée était heureuse, car l'ordre royal de Saint-Michel était tombé si bas, qu'on l'appelait le colli(^rà toutes bêtes ^ et il n'était personne , calviniste ou catholique , qui pût se laisser prendre à cette distinction banale. Mieux valait la simple croix de Lorraine, qui ralliait autour du duc de Guise tant de serviteurs fidèles. Quele Saint-Esprit soit en aide au pauvre roi !

L'ordre du Saint-Esprit ne date du i^'' janvier 1679 que par oubU; car Louis d'Anjou, dit de Tarente, roi de Jérusalem et de Sicile, l'avait institué à Naples dans le château de i'OEuf, l'an iSSi^, et l'acte original en fut donné à Henri III qui ne s'en vanta pas et fit pompeusement du neuf avec du vieux, r^ nombre des chevaliers, selon les statuts, ne devait pas être de plus de cent, le roi non compris, et ils devaient faire preuve de noblesse au moins de trois races paternelles. Le grand collier de cet ordre , du poids de 3oo écus d'or , était composé de fleurs de lys d'or, émaillées de blanc ; le premier chiffre est d'un H et d'un \ , lettre grecque ; c'étaient les premières lettres du nom du roi et de celui de la reine , son épouse , Tx)uise de Lorraine. Les deux autres chiffres marquaient les noms de quelques personnes que le roi laissait à

deviner, et qu'on soupçonna malignement , dit le Père Daniel, désigner quelques maîtresses ; et c'est apparemment pour cela , ajoute-t-il , qu'on les a changées depuis en d'autres symboles plus conformes à la valeur et à la religion de nos rois.

La croix pendant au collier par devant est de la figure de celles des chevaliers de Malte , mais d'or , émaillée de blanc par les bords, et le milieu sans émail, ayant dans chaque angle une fleur de lys et dans le centre une colombe , figure du Saint-Esprit; et au revers ceux qui étaient déjà chevaliers de Saint-Michel y portaient la figure de cet archange , preuve que le roi ne prétendait pas supprimer la chevalerie de Saint-Michel. Tous les chevaliers, hors des cérémonies, devaient porter sur la poitrine cette croix attachée à un cordon bleu.

La cérémonie fut faite aux Augustins de Paris le dernier jour de Tannée 1 578 et les deux premiers jours de l'an 1 679. Après que le roi eut reçu le manteau et le grand collier de la main de Jacques Amyot, évéque d'Auxerre et grand-aumônier de France , la première promotion se fit par ce prince. Ceux qui reçurent alors cet honneur furent : Charles , cardinal de Bourbon ; Louis de Lorraine, cardinal de Guise ; le cardinal René deBirague, chancelier de France; Philippe de Lenoncoiirt, évéque et comte de Châlons, et depuis cardinal ; Pierre de Gondi , évéque de Paris, depuis cardinal ; Charles d'Escars, évéque et duc de Langres; René de Daillon, abbé de Châtelier et depuis évéque de Bayeux; Jacques Amyot, évéque d'Auxerre, grand-aumônier de France; et ce fut sans doute en sa faveur que se fit le dixième statut de l'ordre, par lequel il est dit que le grand-aumônier et ses successeurs sont incorporés audit ordre, en titre de commandeurs, sans être obligés de ùàre preuve de noblesse.

Quant aux chevaliers ou commandeurs laïques , la nomenclature serait trop longue , quoique le roi n'ait rempli dans cette première promotion que la moitié des cent places de Tordre, pour laisser Tespérance à plusieurs seigneurs de participer à cet honneur et pour attirer à la religion catholique quelques uns des principaux gentilshommes du parti calviniste, qui pouvaient s'assurer que, tandis qu'ils feraient profession de la nouvelle réforme, ils ne seraient jamms aivancés, et le roi sur cet article agit toujours conséquemment durant tout son règne ; car non seulement il n'admit jamais dans ses ordres aucun seigneur huguenot , mais encore Thérésie fut toujours une raison d'exclusion de toutes les charges de la couronne, du bâton de maréchal, des gouvernements de province, des emplois de sa maison, jusques aux moindres; et il ae distingua en cela que le fameux architecte Du Cerceau , dont il se servit dans plusieurs ouvrages publics, quoiqu'il fut huguenot. »

( Daniel, Histoire de France, )

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