HENRI IV DEVANT PARIS
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• C'est une belle chose-daDs l'histoire de ce temps-là , dit Péréâxe, que la relation du blocus de Paris; I^ ord^es'que Nemouï^ d<Hiha"dans la ville, les garnisons qu'il y établit en divers quartiers', les sd'rtiés qui se firent durant les premiers mois , les inventions dont on se servait à animer le peuple , les efforts et les diverses pratiques des serviteurs du roi, pour l'introduire dans la ville , les négociations qui se firent , de part et d'autre , pour essayer de traiter un accommodemeut; comme, les vivres diminuant, on chercha les moyens de les faire durer ; comme , rionoiKtant toute l'économie qu'on y apporta, la disette iiit çxtréme, et comme enfin cette grande ville, étant à trois ou quatre jours près de périr- entièrement par la fomine , fîit délivrée par le duc de Parme. »
Od avait fait espérer au roi que, lorsque les Parisiens auraient vu, sept ou huit jours durant, la balle et les marchés dégarnis de pain , les boucheries sans viande , les ports sans blé', sans vin , et sans les dutres commodités dont la rivière a coutume d'être couverte, ils iraient prendre leurs chefs à la gorge, et les contraindraient de traiter avec lui; ou que, si une humeur séditieuse ne les portait pas à cela si promptémelit , la &im les y forcerait dans quinze jours ; en effet , il n'y avait que pourcinq isemaines de vivres ; mais on les ménagea fort ; et ceux qui lui disaient cela ne connaissaient pas bien le peuple de Paris ; car il est merveilleusement patient , et il n'y a point d'extrémité qu'il ne spit capable de souffrir , pourvu qu'on le sache conduire. On ne saurait lire sans étonnement quelle fut l'aveugle obéissance et la constante union de cette fîère et indocile populace, pendant quatre mois entiers de pertes et de misères horribles. La faim fiit si grande , que le peuple mangea
jusqu'aux herbes qui croissaient dans les fossés, jusqu'aux chiens, aux chats et aux cuirs; quelques-uns même disent que les lansquenets mangeaient les enfants qu'ils pouvaient attraper.
Les huguenots , ravis d'aise de tenir uùe ville bloquée qui leur avait tant fait de maux, insistaient fortement dans le conseil du roi, et criaient même tout haut, et le faisaient crier par des soldats, qu'il la fallait attaquer de vive force , et que , dans six heures , ce serait une affaire vidée. Mais le bon et sage roi n'avait garde de suivre ces conseils passionnés.
Ceux qui, au dedans, avaient pris le soin de la police, avaient fait une grande faute , de n'avoir pas mis dehors la pauvre populace et les bouches inutiles. I^ disette augmentant, ils cherchèrent trop tard les moyens d'y remédier , et n'en ayant pu trouver aucun, ils députèrent vers le roi, pour lui demander permission d'en laisser sortir certain nombre , qui , espérant cette grâce, s'étaient déjà assemblés près la porte Saint-Victor, et avaient pris, congé de leurs amis et de leurs voisins , avec des regrets qui fendaient les cœurs les plus insensibles.
Le roi , clément et débonnaire , se laissait aisément fléchir à leur accorder . cette faveur ; mais ceux de son conseil s'y opposant, il leur dit : a Je ne m'étonne pas si les chefs de la Ligue et si les Espagnols ont si peu de compassion de ces pauvres gens-là , ils n'en sont que les tyrans; mais pour moi, qui suis leur père et leur roi , je ne puis pas entendre le récit de ces calamités sans en étrç touché jusqu'au fond de lame , et sans désirer ardemment d'y apporter remède. Je ne puis pas empêcher que ceux que la fureur de la Ligue possède ne périssent avec elle; mais quant à ceux qui implorent ma clémence , que peuvent-ils mais du crime des autres? je leur veux tendre les bras. » Cela dit, il commanda qu'on laissât sortir ces misérables. Il en sortit cette fois-là plus de quatre mille, qui se mirent à crier de toute leur force vive le roi! Depuis ce jour-là, comme Ton sut qu'il ne s'en offensait pas, les capitaines, quand ils étaient en garde, en laissaient toujours échapper quelques bandes , et même prenaient la hardiesse d envoyer des vivres et des rafraîchissements à leurs amis, et à leurs anciens hôtes et particulièrement aux dames ; car, Paris étant la commune patrie des Français, il y a peu de gens qui ne l'aiment ^ et qui n'y aient quelque gage d'amitié qui leur défend d'en procurer la perte à outrance.
A l'exemple des chefs, les soldats se licenciaient à leur passer de la viande, des pains et des barils de vin par-dessus les murailles, et, recevant en échange quelques bonnes bardes à vil prix, ils se faisaient braves aux dépens des marchands ; ce qu'on était en quelque façon contraint de tolérer pour ce qu'il n'y avait point d'argent de quoi les payer. Cela fit subsister Paris près d'un mois plus qu'il n'eût fait ( Histoire du roi Henri^Ie^Grand).