‹ Musée de VersaillesChapitre 30 sur 59 · ENTRÉE D'HENRI IV A PARIS · texte numérisé non relu

ENTRÉE D'HENRI IV A PARIS

« Nous n'avons pltts de volonté, ni de voix au chapitre; nous n'avons plus rien de propre que nous puissions dire: Cela est mien... Mais l'extrémité de nos. misères est qu'entre tant de malheurs et de nécessités il ne nous est pas permis de nous plaindre ni demander secours, et faut, qu'ayant la mort entre les dents, nous disions que nous nous portons bien et que sommes trop heureux d'être ■nalbeureux pour une si bonne cause. O Paris ! qui n'est plus Paris , mais une spélunque de bétes farouches, une citadelle d'Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile et sûre retraite de voleurs meurtiiers et assassinateurs, ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignité et te souvenir qui lu as été au prix de ce que tu es? ne veux-tu jamais te guérir de cette frénésie qui, pour un légitime et gracieux roi , t'a engendré cinquante roitelets et cinquante tyrans, »

C'est ainsi que Pierre Pithon fait parler Daubray, député du tiers-état, dans la satire Ménippée.

Le roi légitime est Henri IV. La loi, par l'oigne d'Edouard MoIé, a consacré ses droits (38 juin iSgS); Saint-Denis, en attendant Notre-Dame, a reçu son abjuration (30 juillet iSgS). La prise de Dreux et des forts élevés de toutes parts pour intercepter les convois, et dont l'un d'eux , sur les bords de l'Oise , se nommait Pille-BadauU, lui ont donné un allié terrible, la famine: allié dont il suspend les ravages par une trêve de trois mois. L'assassinat même , dernier moyen, soufflé à Barrière par le fanatisme, jette sur Henri un intérêt de plus. Ses bons mots courent les rues. C'est déjà im diable à quatre, mais un diable fils aîné de l'Egiise et roi très chrétien par le sacre de Chartres. I.a France

se rend ou plutôt se vend par fractions. Paris , à son tour, va se rendre et non pas se vendre, suivant l'expression de THuillier, prévôt des marchands, au comte de Brissac. La bourgeoisie est lasse de parader militairement à côté des moines encapuchonnés qui la prêchent et des soldats espagnols qu elle nourrit et qui la raillent. Déjà quelques années avant, Pasquier écrivait : a Nous sommes a maintenant devenus tous guerriers désespérés. Le jour nous gardons les (f portes ; la nuit nous faisons le guet , patrouilles et sentinelles. Que c'est donc (( un métier plaisant à ceux qui en sont apprentis ! »

Enfin, cet état d'anarchie va cesser. Le !2a mars 1694 a été choisi pour l'entrée du roi à Paris; les portes Saint-Denis, Saint-Honoré et la porte Neuve doivent être livrées à deux heures après minuit. L'heure convenue sonne , mais le signal n'est point donné. La pluie tombait par torrents. Tout à coup , trois jets de flamme brillent dans la campagne. Henri n'a point oublié sa parole royale; les conjurés sont fidèles à la leur. Le jour ne paraît point encore, et déjà l'avocat Langlois a forcé le corps-de-garde de la porte Saint-Denis, et fait entrer dans la ville les premières troupes. Néret n'est pas moins heureux à la porte Neuve, vis-à-vis des Tuileries. Il n'a eu pour auxiliaires, lui, que ses six enfans. Bientôt la porte Saint-Honoré s'ouvre au marquis d'O , au maréchal de Matignon, au marquis de Bouteville, à Saint-Leu et à Givri ; le roi les suit de près. Soixante lansquenets, qui refusent le passage devant l'école Saint-Germain, sont culbutés. Le grand et le petit Châtelet, le Louvre, l'Arsenal sont bientôt occupés. Là masse des habitants, qui n'était pas dans le secret, est réveillée par les cris de : Vive le roi 1 la paix I la paix !

Le roi, à pied, au milieu de ses gardes , armé d'une cuirasse, l'épée à la main, reçoit les clefs de Paris que lui remettent l'Huillier , Langlois et Néret. Brissac se présente ensuite, et le roi échange son écharpe contre la sienne en le saluant du nom de. maréchal. Puis vient la solennité du Te Deum ^ aux acclamations du peuple qui se presse de toutes parts affamé qu'il est de voir un roi^ et le lendemain la retraite de la garnison espagnole , avec ce mot : « Recommandezmoi à voire maitre , mais tlj retenez plus. » Cinq jours après, la soumission des forts de la Bastille et de Vincennes. Toutes choses qui placent, à vrai dire, Tavénement de Henri IV au trône de France, le 2 a mars 1 594-

M. Gérard s'est dit, comme Voltaire à propos de laHenriade : « Je fais un c( poëme et non une histoire. »

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