REÇOIT LA SOUMISSION DE WITIKIND
Le pays des Saxons s'étendait de l'Océan germanique aux contrées slaves dans toute la longueur de l'Allemagne du nord. Une foule de tribus, chacune avec leur duc indépendant , se partageaient cette vaste contrée, qu'elles habitaient encore à l'ancienne manière germaine, sans villes et sans culture régulière. Elles formaient trois races distinctes: les Saxons Westphaliens, à la frontière septentrionale; tes Ostphaliens, ou Osterlingues, voisins de la Bohême; et les Angriens, dans la Prusse d'aujourd'hui.
Cetlç puissante nation était la seule alors qui pût lutter corps à corps avec les Francs. Depuis longtemps elle subissait leur patronage, et même elle leur payait tribut ; mais le peuple d'où étaient sortis les conquérants de la Grande- Bretagne ne pouvait se plier docilement au joug ; de fréquentes révoltes avaient . protesté dans tout le cours de la ptériode mérovingienne contre cette odieuse sujétion. Depuis surtout que les princes de la nouvelle famille avaient affiché la prétention d'imposer aux tribus germaines d'autres mœurs et une autre religion, la résistance avait redoublé. Ce n'était plus d'une dépendance nominale, ni de quelques centaines de cuirs, qu'il s'agissait; les vieilles croyances, les traditions des ancêtres, tout l'ancien monde germanique était en danger. Les missionnaires marchaient en tète des armées, chargés de les appuyer au
besoin ; des monastères s'élevaient dans le pays , et déjà les habitations qui se groupaient aulout donnaient naissance à des villes. Cette entrée à main armée du christianisme et de la civilisation dans une contrée restée fidèle à la barbarie, devait amener une lutte désespérée ;Charlemagne la trouva entamée, et trente années lui suffirent à peine pour en sortir victorieux.
Ce fut en 772 qu'eut lieu sa première expédition contre les Saxons. Un grand nombre de forts s'étaient élevés par tout le pays dans les dernières guerres avec Charles-Martel et Pépin. Abattus, relevés tour à tour, il en restait encore plusieurs où les tribus se réfugiaient avec leurs dieux et leurs richesses. L'un des plus célèbres était celui d'Eresbourg, près de Paderborn, où était l'image du dieu Hermansaul. Charlemagne brûla l'idole de bois; mais il s'en éleva bientôt une autre en chair et en os, qui , après la défaite de la Lippe, se mit à la tète du parti de l'indépeudance nationale, et de chef obscur d'une bande de barbares, Witikind devint un personnage glorieusement historique, le dernier champion de la Germanie, le rival de Charlemagne (777). Depuis huit ans il résistait, et ses défaites mêmes ajoutaient à l'éclat de sa popularité, lorsque Charlemagne vint camper au milieu de la Saxe, et une guerre d'extermination commença. Enfin Witikind et son frère Albion posent les armes, prélent serment de fidélité et reçoivent le baptême dans l'assemblée générale des Francs tenue à Attîgny en 785. Mais la soumission définitive de la Saxe demanda encore dix-huit années au conquérant et au législateur.