‹ Musée de VersaillesChapitre 31 sur 59 · BIRON · texte numérisé non relu

BIRON

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Biron (Charles de Gontaut, duc de), né en i56iij soldat par instinct, sceptique effronté dans un temps de guerres religieuses, tour à tour protestant et catholique sans remords, grand joueur, grand débauché comme son maître Henri IV, eut une destinée des plus brillantes jusqu'au jour où une passion incurable jeta sur son chemin trahison et échafaud. On avait eu quelque peine à lui apprendre à lire. Colonel des Suisses à l'âge de quatorze ans, son père, le maréchal de Biron, l'avait emmené à quinze, dans la campagne de Guyenne, et lui avait confié son armée tout entière, le jour où une chute de cheval l'avait cloué au lit (1577). A dixhuit ans, le jeune Biron avait tué en duel tin gentilhomme qui lui disputait une demoiselle de la noble maison de Caumont; et le duc d'Épernon, malgré sa haute faveur, n'avait pas facilement obtenu sa grâce d'Henri IH. Après l'assassinat de ce malheureux prince, Biron s'attacha à la fortune du Béarnais, et l'aida vaillamment à reconquérir son royaume, à Arques, à Jouy, aux sièges de Paris et de Bouen, au combat d'Aumale, partout où il y eut péril en la mêlée et sang répandu. C'était, entre Henn IV et lui, a qui se battrait le mieux, et si le roi résistait aux sollicitations de ses serviteurs, qui craignaient pour sa personne, c'était de peur de se laisser devancer par Biron et d'être raillé par lui. On le sait du reste, le maître était aussi brave que le sujet, et il lui sauva plus d'une fois la vie, notamment au combat de Fontaine-Française, en iSgS. Maréchal-de-camp d'abord, puis lieutenant-général, maréchal de France en 1 5gi , gouverneur de Bourgogne en i SgS , duc et pair après la prise d'Amiens, en iSgS, Biron occupait une des plus belles places à la cour de France, et l'amitié royale n'avait élevé personne plus haut: « Voilà le maré- <( chai de Biron, disait plaisamment Henri IV, que je présente avec un égal « succès à mes amis et à mes emiemis. » Le jeu causa la ruine du maréchal.

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« Je te conseille, lui avait dit son vieux père, quand la paix sera fuite, que tu a ailles planter des choux en ti maison; autrement, il te faudrait perdre la K tète en Grève. » L'ériormité de ses pertes avait aigri son esprit; il se plaignait que le roi n'ei'it pas assez payé ses services, qu'il le laissait manquer d'argent; et Henri IV, que de dures privations avaient rendu économe, n'était pas d'humeur à couvrir de folles prodigalités. L'Espagne sut habilement exploiter son mécontentement De grandes espérances lui furent données; on te combla d'honneurs et de présents, dans un voyage qu'il fit à Bruxelles, k la cour de l'archiduc, lors de la paix de Vervins; et Biron se mit à lier avec les ennemis de son roi les intrigues les plus coupables. Henri IV, prévenu par des avis secrets, te prit à part un jourà Lyon, obtînt quelques aveux, et lui pardonna si entièrement, qu'il l'envova même en ambassade auprès de la reine Elisabeth (1601). Au retour, le maréchal, plus aveugle que jamais, renoua ses intelligences avec te duc de Savoie et le comte de Fuentès, gouverneur du Milanais, et hit trahi par son confident. Le drame de la mort de Biron est assez connu. L'histoire a raconté les hésitations du bon roi , forcé de punir; ses entretiens secrets avec le coupable , qu'il suppliait de tout avouer k la condition du pardon; ses regrets douloureux; les superbes désaveux du maréchal, son orgueil inflexible, ses sanglants reproches d'ingratitude. Il fut décapité dans l'intérieur delà Bastille, le 3o juillet 1602, h l'âge de quarante ans. Ses parents avaient sollicité sa grâce pour l'honneur de la famille; mais Henri IV, devenu sévère à son tour, avait répondu : « De pareilles punitions « ne déshonorent pas les familles; je n'ai pas honte d'être descendant des « Armagnac et des comtes de Saint-Pol , qui ont péri sur l'échabud. »

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