CINQ -MARS
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Cinq-Mars (Henri Coiffier de Ruzé, marquis de), second fils d'Antoine Coiffier, marquis d'Effiat, maréchal de France et surintendant des finances , et de Marie de Fourci, naquit en 1 6ao. Toute sa vie est k la date de sa mort; car, supprimez le drame sanglant de son supplice y à quoi se réduit ce passage d'un faTori à la cour de Louis XIII? Un favori de plus, un favori de moins, trois années de complaisances , de mensonges et d'intrigues , qu'importe? Richelieu est là; partout la France triomphe; le roi est facile à consoler; l'absolutisme est établi; le règne de Louis XIV est préparé. Passons donc à la chute du grand-écuyer ; voyons*le mourir. :
<K C'était le la septembre 164^» dit M. Bazin dans son excellente Histoire de la France sous Loui$ XHI, le même jour où le principal accusé était introduit devant ses juges; le cardinal de Richelieu sortit de Lyon dans sa chambre mobile 9 pour gagner la Loire , sur laquelle il devait continuer son chemin vers Paris. La commission de justice s'était rassemblée dans l'hôtel du présidial, au nombre de quatorze membres, savoir: le chancelier, le premier président et un président du parlement de Grenoble , quatre conseillers d'état , un maître des requêtes et six conseillers au même parlement ; elle se constitua en tribunal. La condamnation n'était pas douteuse : le duc d'Orléans , comme toujours, chargeait ses complices; Cinq-Mars avouait tout; de Thou soutenait son rôle de confident muet; le duc de Bouillon était prêt à tout donner pour racheter sa tête, et le roi s'était défendu de toute participation au
complot de son favori. Il y avait crime d'état bien avéré , alliance £aite avec TEspagne, projet d'attentat à la vie du cardinal. Au bout d'une heure, le rapporteur du procès, Jean -Martin de Laubardemont , conseiller d'état, vint annoncer aux accusés qu'il leur fallait se préparer à entendre un arrêt de mort. Cet arrêt avait été rendu à l'unanimité des opinions contre le grand-écuyer, avec une voix de moins contre François-Auguste de Thou. Alors le dernier, se tournant vers le marquis de Cinq-Mars, lui dit: «Eh bien! « Monsieur, humainement je pourrais me plaindre de vous; vous m'avez a accusé, vous me faites mourir; mais Dieu sait combien je vous aime. « Mourons , Monsieur, mourons courageusement et gagnons le paradis. »
« L'arrêt leur fut lu ensuite , eux étant à genoux et tête nue ; il les déclarait tous deux atteints et convaincus de crime de lèse-majesté, le premier pour les conspirations, entreprises, proditions, ligues et traités faits par lui avec les étrangers contre l'état, le second pour en avoir eu connaissance et participation, et les condamnait l'un et l'autre à avoir la tête tranchée sur un échafaud dressé en la place des Terreaux, après que le sieur d'Effiat aurait été préalablement appliqué à la question ; pour avoir plus ample révélation de ses complices. I^ grand -écuyer montra beaucoup d^indignation et un peu d'effroi à Tidée de la torture , qu'il ne croyait pas faite pour un homme de sa condition; mais on se contenta de lui en faire voir les préparatifs, et on le fit sortir de la chambre de la gêne sans tufoir été tiré. Les deux condamnés furent ensuite remis aux soins de deux pères jésuites qui les disposèrent à mourir; car l'exécution ne devait pas être différée. Ils s'embrassèrent tendrement , s'exhortèrent l'un l'autre au courage et à la piété , puis se retirèrent près de leurs confesseurs. Vers cinq heures du soir on vint les chercher en carrosse pour les conduire à la place des Terreaux. « Le grand-écuyer, dit une relation, était vêtu d\in bel habit de drap brun couvert de dentelles d'or larges de deux doigts , avec un manteau d'écarlate ; il avait un chapeau noir retroussé à la catalane , des bas de soie verts et par dessus un bas blanc avec de la denteUe ; de Thou portait un habit de deuil et un manteau court. Tous deux marchèrent bravement à l'écha&ud, l'un avec une leste et gaillarde résolution, l'autre avec une résignation pleine de tendresse et de piété, mais tant soit peu verbeuse. Le hasard voulut encore que l'exécuteur en titre manquât à cette tragédie; il fut remplacé par un portefaix qui coupa presque d'un seul coup la tête du grand-écuyer, mais qui fut obligé de s y reprendre à plusieurs fois pour abattre celle de son ami. »
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RANTZAW
Rantzaw ( Josias , comte de ) , maréchal de France , était de l'illustre maison de ce nom dans le Holstein. Il entra jeune au service de la Suède et signala sa valeur dans plusieurs occasions. Depuis dix-sept ans que rAllemagne s'était transformée en un champ de bataille où venaient se rencontrer toutes les puissances européennes , on avait oublié dans cet immense pêle-mêle d'intérêts si divers le point d'où l'on était parti , les motifs de la guerre. Le résultat le plus clair de tant de combats , n'était jusqu'alors que la ruine du fanatisme religieux dans les soldats et du patriotisme dans les généraux. Entre les mains des successeurs de Gustave-Adolphe , la guerre était devenue une affaire de tactique et de science. Au-dessus de toutes les questions ils plaçaient l'art militaire; et que ce fut Walstein , Gustave-Adolphe, Tilly ou le duc de Saxe-Weimar, un catholique ou un protestant , ils applaudissaient toujours aux coups les mieux portés. Ainsi se forma l'école des tacticiens qui , après avoir étudié les uns sous les autres , allaient porter leur épée là où ils trouvaient les meilleurs grades. L'art mihtaire, devenu une science, ne connaîtra plus, jusqu'à la révolution française, de nationalité; il deviendra cormo^o/ite comme la science elle-même.
Le désir de voir la France y amena Rantzaw en i635, à la suite du chancelier Oxenstiem. A des dehors avantageux il joignait beaucoup d'esprit et parlait avec facilité les principales langues de l'Europe. Ses manières plurent à Louis XIII , et ce prince, désirant s'attacher un ofQcier d'un si rare mérite, le nomma maréchal-dO'Camp et colonel de deux régiments. Rantzaw rejoignit en Bourgogne l'armée destinée à envahir la Franche-Comté. I^ campagne s'ouvrit par le siège
de Dôle, capitale de la province; il y perdit un œil d'un coup de mousquet et ne voulut point abandonner son poste. La sagesse de ses dispositions assura la retraite des Français poursuivis par les Impériaux ; et il défendit ensuite Saint-Jeande-Lône contre Galasqu'il força de leverle siège. Bantzaw Bt toutes les campagnes de Flandre et d'Allemagne sous les ordres du duc d'Orléans et du duc d'Engfaien (le prince de Condé ). En 1 64o il perdit une jambe an siège d'Arras et fut estropié d'iuie main. Il se trouva Tannée suivante à la double attaque de la ville d'Aire, et montra le plus grand sang-froid au milieu du danger. En i64s il partagea les revers des Français, fut fait prisonnier au combat de Honnecourt, et, k peine échangé , se rendit en Allemagne où il perdit la bataille de Tiidelingen contre le duc de Lorraine ^ Merci et Jean de Wert , les trois meilleurs généraux de l'empereur. En i645 il assiégea et prit Gravelines, dont il fut nommé gouverneur; et le i6 juillet de la même année il reçut te bâton de maréchal après avoir promis d'abjurer le luthéranisme. L'année suivante il fut fait gouverneur de Dunkerque. En 1647 1 il prit Dixmude et réduisit Lens après la mort de Gassion ; dans cette campagne et la suivante, il acheva de s'emparer de toutes les villes maritimes de la Flandre. Mais, devenu suspect au cardinal Mazarin par ses liaisons avec les mécontents, il fut arrêté à Saint-Germain le a 7 février 1 649, et conduit à la Bastille , où il resta enfermé onze mois. Il ne recouvra sa liberté que pour mourir le 4 septembre 1 6 5o dans un âge peu avancé. Réduit en quelque sorte à la moitié de lui-même, il eut pour épitaphe :
Du corps du grand Raatuw tii n'as qa'ane des parts : L'antre moitié resta dans les plaines de Mars. il di^rsa parhinl ses membres et sa gloire.
Tont abatln qn'il fût , il demeura vainquenr. Son sang fnt en cent lient le prix de sa victoire , Et Mars ne lui laissa rien d'entier qne le cœur.
Ses dépouilles mortelles furent ensevelies dans l'église des Minimes de ChaiUot.