‹ Musée de VersaillesChapitre 34 sur 59 · MM. MM · texte numérisé non relu

MM. MM

LouW'XllI n'avait pas renda le dernier sotipir que les quelques mois entre sa mort et celle de RicheKeu avaient vu accourir en France tout ce que le haut despotisme du cardinal avait jeté de proscrits hôrs'du royaume. Dieu sait quels concerts de voix suppliantes la reine eut à écouter! A l'un ilTallait rendre les terres conBsquées, k l'autre son gouvernement de province, à tous de fortes indemnités. La France était au pillage et personne n'était content. Les impor^^ tants faisaient blanc de leur épée*, et comme eux le duc d'Enghien n'était encore que ridicule. Mais il s'arrache à cette guerre d'intrigues dont la folle duchesse de Chevreuse est le chef avoué, et le voilà en Flandre opposé à l'habile don Francisco de Mellos qui ne projetait rien moins que Tenvabissement de la Champagne et des provinces adjafcenles. Auprès de ce général improvisé, de ce prince de vingt ans, se pressent de vieux soldats, le maréchal de l'Hospital, Gassion , surnommé le Brave, d'Espemon , la FertéSenneterre, la Yallière et Sirot qui avait fait le coup de pistolet avec trois rois, et percé d'une balle le chapeau de Gustave-Adolphe. Laissons parler Bossuet , l'admis rable panégyriste du vainqueur de Rocroy.

« Don Francisco de Mellos l'attend de pied ferme ; et sans pouvoir reculer, les deux généraux et les deux armées semblent avoir voulu se renfermer dans des bois et dans des marais, pour décider leur querelle , comme deux braves en champ clos. Alors, que ne vit-on pas? Le jeune prince parut un autre homme. Touchée d'un si digue objet, sa grande âme se déclara tout entière; son courage croissait avec les périls, et ses lumières avec son ardeur. A la nuit qu'il fallut passer en présence des ennemis, comme un vigilant capitaine, il

reposa le dernier ; mais jamais il ne reposa plus paisiblement. A la veille d'uo si grandjour, et dès la première bataille, il est tranquille, tant il se trouve dans son naturel ; et on sait que le lendemain, k l'heure marquée, il fallut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre. Le voyez-vous comme il vole, ou à la victoire, ou à la mort P Aussitôt qu'il eut porté de rang en rang l'ardeur dont il était animé, on le vit presque en même temps pousser Taile droite des ennemis, soutenir la nôtre ébranlée, rallier te Français à demi vaincu, mettre en fuite l'Espagnol victorieux, porter partout la terreur, et étonner de ses regards étincelants ceux qui échappaient à ses coups. Restait cette redoutable infanterie de l'armée d'Espagne, dont les gros bataillons serrés, semblables à autant de tours, mais à des tours qui sauraient réparer leurs brèches, demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste eu déroute, et lançaient des feux de toutes parts. Trois fois le jeune vainqueur s'efforça de rompre ces intrépides combattants; trois fois il fut repoussé par le valeureux comte de Fontaines, qu'on voyait porté dans sa chaise, et, malgré ses infirmités, montrer qu'une âme guerrière est maîtresse du corps qu'elle anime; mais enfin il faut céder. C'est en vain qu'à travers des bois, avec sa cavalerie toute fraîche, Bek précipite sa marche pourtomber sur nos soldats épuisés. Le princera prévenu : les bataillons enfoncés demandent quartier ; mais la victoire va devenir plus terrible pour le duc d'Enghien que le combat. Pendant qu'avec un air assuré il s'avance pour recevoir la parole de ces braves gens, ceux-ci toujours en garde craignent la surprise de quelque nouvelle attaque : leur effroyable décharge met les nôtres en furie; on ne voit plus que carnage; le sang enivre le soldat, jusqu'à ce que le grand prince, qui ne put voir ^;oi^r ces lions comme de timides brebis , calma les courages émus, et joignit au plaisir de vaincre celui de pardonner. Quel fut alors l'étonnement de ces vieilles troupes et de leurs braves officiers, lorsqu'ils virent qu'il n'y avait plus de salut pour eux qu'entre les bras du vainqueur? De quels yeux regardèrent-ils le jeune prince, dont la victoire avait relevé la haute contenance, à qui la clémence ajoutait de nouvelles grâces! Qu'il eût encore volontiers sauvé la vie au brave comte de Fontaines! Mais il se trouva par terre, parmi ces milliers de morts dont l'Espagne sent encore la perte. £Ue ne savait pas que le prince qui lui fit perdre tant de ses vieux régiments à la journée de Rocroy en devait achever les restes dans les plaines de Lens. »

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