LOUIS XIV
Louis XIV naquit le i6 septembre i638, après vingt-trois années d'un mariage stérile; il n'avait que cinq ans lorsque la mort de Louis XIII, son père,
rappela au trône en 1 643.
La France sembla désaffectionner, pendant la guerre civile, l'enfant royal, son Dieudonné; et Tenfant devenu homme attendit patiemment la mort de Mazarin , pour ne plus relever que de lui-même et s'appeler Louis-le-Grand. liC nom du roi n'est plus un sceau mystérieux et sacré qu'un ministre imprime à sa voloiité, et même à son caprice; le roi n'est plus Richelieu, n'est plus Mazarin; le roi, c'est le roi, le roi dans tout ce qu'il a de personnel, d'absolu. Qu'on ne s'adresse pas à d'autres; tous les pouvoirs sont concentrés en lui. il a dit « : L'État, c'est moi. » Ce mot fut une révolution : personne ne s'avise de crier au despotisme. Les princes. du sang «ont annihilés; les grands, sur toute la ligne hiérarchique, se changent en courtisans. Quant au parlement, il avait déjà éprouvé un rude échec en i654 9 iorsquele jeune Louis, âgé de dix-sept ans , ne pouvant lui pardonner d'avoir porté le deuil de la victoire de Lens, lui intima tout éperonné, en équipage de chasse et un fouet à la main, l'ordre d'enregistrer quelques édits bursaux; cela s'expliqiie.
La fronde avait tout remis en question, l'autorité royale, le territoire même, et la patrie proprement dite ; elle avait fait passer alternativement Turenne etCondé à l'ennemi; misérable contrefaçon de la ligué, elle avait emprunté l'organe de la loi pour faire appel à l'invasion espagnole. Enfin la royauté des halles tombe, le petit Catilina redevient le cardinal de Retz , le Mars français redevient Condé , et la fronde finit par rire d'elle-même et de ses héros. Dans l'étourdissement général et la lassitude commune, on ne songea pas à des stipulations pour la liberté, et VnmXé qttand fnêmej dans la personne du roi, parut préférable à l'anarchie.
« Le jeune Louis était tout-à«fait propre à jouer ce rôle magnifique. Sa froide et solennelle figure plana cinquante ans sur la France avec la même majesté. Dans les trente premières années, il siégeait huit heures par jour aux conseils, conciliant les affaires avec les plaisirs, écoutant, consultant, mais jugeant lui-même. Des ministres changeaient, mouraient; lui, toujours le même, il accomplissait les devoirs , les cérémonies , les fêtes de la royauté , avec la régularité du soleil qu'il avait choisi pour emblème. » (Michelet.)
C'est par lui que tous les talents, toutes les gloires semblent être vivifiés. La littérature n'est autre chose qu'un hymne à la royauté; la voix qui couvre les
autres est celle de Bossuet. Reste encore un frondeur; ce frondeur est Molière, et c'est au profit de la royauté et sous son patronage , qu'il fait rire la société aux dépens d'elle-même. L'art est dans la même voie , il cesse d'être italien pour devenir français. Il n'est pas d'homme d'un goût exercé qui ne sente que le canal qui joint les deux mers , la colonnade du Louvre , l'arc de triomphe de Saint-Denis , le dôme des Invalides , les beaux ouvrages sortis du ciseau de Girardon et de Puget, les tableaux de Lebrun et de Lesueur, les jardins de I^e Nôtre , Versailles enfin qui résume tout , devaient être contemporains des tragédies de Corneille et de Racine , des oraisons fuuèbres de l'évêque de Meaux. Les vertus de Turenne élevaient l'esprit de Fléchier. L'admiration pour Louis XIY fut un sentiment commun à tous ces hommes de génie; presque tous furent récompensés par lui avec discernement, avec grâce , et quelques-uns avec magnificence. Il fonda en peu d'années l'Académie de Peinture et de Sculpture, 1648; celle des Inscriptions et Belles-Lettres, i663; celle dés Sciences, 1666; l'Académie des Élèves de Rome, 1667; fit construire l'Observatoire de Paris et s'occupa du Jardin de Botanique ; pensionna le talent à l'étranger, et l'attira en France; commanda les beaux voyages de Toumefort et fit mesurer la méridienne de Paris.
L'industrie a marché d'un pas non moins rapide ; elle s'est affranchie du tribut au dehors. Les manufactures de draps d'Abbeville, de Sedan, de Louviers et d'Elbeuf , celles des étoffes de soie de Lyon et de Tours , furent dès leur naissance sans rivales en Europe. Les secrets des manufactures de glaces et de plusieurs autres genres d'industrie , furent enlevés aux Vénitiens , aux Pisans , aux Génois. Les tapisseries des Gobelins et les tapis de la Savonnerie surpassèrent la magnificence du luxe oriental.
Ajoutez à cela la gloire bruyanta de la guerre , et vous comprendrez comment, après la paix de Nimègue, 1676, Louis XIV se laissa donner le nom de Grand. La seconde période est remplie par deux guerres de succession : la succession d'Angleterre , la succession d'Espagne. La première se termine honorablement par le traité de Ryswlck , 1 698 , sauf la nécessité de reconnaître Guillaume. Dans la seconde ( terminée par les traités d'Utrecht et de Rastadt 1 7 1 2- 1 7 1 4)9 elle éprouve les plus humiliants revers, et sa force compacte est encore telle, que le résultat lui est favorable, à cela près de la démolition du port de Dunkerque. Louis XIV avait dit : « Si je ne puis obtenir une paix équitable, je me mettrai à la tête de ma brave noblesse , et j'irai m'ensevelir sous les débris de mon trône. » Villars avait trouvé d'autres ressources que celles du désespoir. Le peuple, tout préoccupé des misères du présent, oublia le passé.
Louis XIV mourut à Versailles le i*' septembre 1 71 5, âgé de soixante-dix-sept ans; il en avait régné soixante-douze.