‹ Musée de VersaillesChapitre 36 sur 59 · LA FRANCE ET LES CANTONS SUISSES · texte numérisé non relu

LA FRANCE ET LES CANTONS SUISSES

^ Comme le traité de confédération , que le marquis de T^arde , ambassadeur extraordinaire du roi Louis XIV, avait conclu , en i658, avec les treize cantons, l'abbé et la ville de Saint-GaH, Mulhausen et Bienne, ne devait durer que pendant la vie du roi et huit années après sa mort, Louis XIV, qui désirait reculer le terme d'une alliance si étroite, ordonna au même marquis de Labarde d'entreprendre de nouvelles négociations. Les députés des divers Etats accédèrent à toutes les propositions du grand roi, dans la diète tenue à Soleure, le l\ septembre r663. Louis XIV voulut que l'alliance fût jurée dans la capitale avec le même éclat qui avait accompagné le renouvellement de l'alliance , en 1602 , sous le règne de Henri IV. Les cantons et les États coalisés nommèrent trente - cinq ambassadeurs pour cette auguste cérémonie. La ville de France qui avait le plus souiTert de la présence des Suisses, Dijon, capitale des ducs de Bourgogne, fit admirablement les honneurs de sa prospérité ; Troyes l'imita ; mais Paris éclipsa toute cette magnificence de province. Le roi donna sa première audience , le n novembre, dans son palais du Louvre. Le ducd'Enghien , fils du prince de Condé, accompagné de plusieurs maréchaux de France, alla les recevoir au bas de l'escalier. Toutes les troupes de la maison du roi étaient sous les armes. Le roi, ayant à sa droite Monsieur, son frère , et à sa gauche le prince de Condé, reçut les ambassadeurs la tête découverte , et leur toucha dans ta main à chacun l'un après l'autre. Il se couvrit ensuite , et le bourguemestre Waser, de Zurich , chef

de l'ambassade , le harangua en allemand. Le discours transmis par Vigier, secrétaire-interprète , le roi répondit , entre autres choses agréables ; On verra par ma conduite Festirne que je fats de la nation. Sept jours ayant été donnés aux détails d'étiquette et aux négociations préalables avec le marquis de Louvois, Jean-Baptiste Colbert, le comte de Brienne, Hugue de Lionne et le marquis de Labarde,le i8 novembre, eut lieu la cérémonie du renouvellement de l'alliance dans l'église cathédrale de Notre-Dame. Jamais la cour ne fut plus nombreuse ni plus brillante. I..es deux reines et les principales dames de la cour, tous les princes du sang , les grands-ofïiciers de la couronne, les ducs et pairs de France , les ministres d'état et les ambassadeurs, entre autres I<e marquis de Fuentès, ambassadeur d'Espagne, y assistèrent. Nouvel échange de discours d'apparat , après lesquels le cardinal Antoine Barberin, grand - aumônier de France, posa le livre des Evangiles sur un prie-dieu. Dès que les ambassadeurs eurent juré l'alliance, le roi mit la main droite sur l'Evangile, et dit à haute voix : Et moi f en jais autant. Cette cérémonie étant achevée, on entonna le Te Deum, et on Bt plusieurs salves du canon de la Bastille.

Quelques années après , Louis fit construire à la vue de Bâle la forteresse de Huningue, prit possession de Strasbourg, et les cantons lui envoyèrent une ambassade extraordinaire pour le complimenter sur un sujet qui devait les remplir de douleur et de confusion.

Page 1