‹ Musée de VersaillesChapitre 38 sur 59 · SOUS LOUIS XIV · texte numérisé non relu

SOUS LOUIS XIV

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L'amiral Ruyter avait rencontré à la hauteur de Solebay les flottes coalisées de France et d'Angleterre, sous les ordres du duc d'York et du comte d'Estrées. Le combat fut terrible, mais indécis. Les alliés ne purent opérer leur descente en Zélande. Ce demi-succès enhardit les états généraux de Hollande, qui d'ailleurs voyaient avec confiance les Français s'engager sous les murs de Maastricht. Mais leur sécurité ne fut pas longue. Condé, tournant brusquement à droite, entra dans le duché de JuHers, passa le Rhin et suivit la rive droite du fleuve avec l'avant-garde, tandis que l'armée du roi, forçant le duché de Clèves, côtoyait la rive gauche, et prenait en courant Rhinberg, Orsoy, Buruk, Wesel. Toute l'armée s'étant rassemblée sur la rive droite, s'arrêta bientôt au-dessus de l'endroit où le Wahal se détache du Rhin. Il s'agissait de repasser le fleuve pour la dernière fois. Le prince d'Orange, qui n'élait qu'à trois lieues de là , tenu en échec par Luxembourg sur les bords de l'Yssel, détacha cinq ou six mille hommes pour défendre le passage. Déjà l'ingénieur Martfnet jetait sur le fleuve un pont de bateaux , quand on vint avertir le prince de Condé qu'il y avait un gué près d'une vieille tourelle qui servait de bureau de péage, Toll-hayrs (la maison de péage), laquelle tourelle n'était défendue que par dix-sept soldats. Le roi fit sonder ce gué par le comte de Guiche : il se trouva praticable. Aussitôt la maison du roi et les cuiras^er^, commandés par les comte de Guiche et de Revel , se jetèrent dans le fleuve, protégés par Tartillerie royale, qui foudroyait quatre ou cinq cavaliers et deux faibles régiments d'infanterie sans canons» On eut pu croire que

<82§> ce simulacre de défense avait été préparé par le roi lui-même pour obtenir un simulacre de victoire. U Ëillut toute Timprudence du duc de Loogueville pour se faire tuer par des soldats qui demandaient la vie k genoux. Peu s'en fallut que le prince de Condé lui-même ne fut victime de celte échauffourée. Un capitaine hollandais, nommé Ossembroek, court à lui au moment où il sort du fleuve et lui appuie son pistolet sur la tête; le prince détourne le coup, qui lui fracasse le poignet. Ce fut la seule blessure que Condé reçut jamais dans toutes ses campagnes.

Voilà ce fameux passage du Rhin , tant célébré par Boileau ; le grand roi , qui n'y figura point, quoi qu'en dise le poëte, passa le fleuve avec l'infanterie sur un pont de bateaux. A Paris , on cria au miracle ; l'opinion commune était que toute l'armée avait passé le fleuve à la nage, en présence d'une armée retranchée et malgré l'artilierie d'une forteresse imprenable, appelée le ThoUis. Du reste , le passage , tout paisible qu'il ait été , eut des résultats magnifiques. Turenne enleva coup sur coup le fort de Skeink , Amheim , Nimègue. Le roi prit toutes les villes de l'Yssel; les provinces de l'Ower-Yssel et de Groningue furent envahies par les auxiliaires de Cologne et de Munster. Un officier , nommé Mazel , mandait à Turenne : « Si vous voulez m'envoyer cinquante chevaux , je pourrai prendre avec cela deux ou trois places. » On n'était plus qu'à quatre lieues d'Amsterdam. Quatre cavaliers, allant en maraude, s'avancèrent jusqu'à Muyden , où sont les écluses qui peuvent inonder le pays et à une lieue seulement de la capitale. Les magistrats effrayés vinrent présenter les clefs à ces quatre soldats; mais, ne voyant pas l'armée derrière eux, ils reprirent leurs clefs et fermèrent leurs portes.

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