‹ Musée de VersaillesChapitre 40 sur 59 · TURENNE · texte numérisé non relu

TURENNE

Tiireiine (Heoride La Tour d'Auvergne, vicomte de), né àSedan, le r6 septembre i6i i , était le second fils de Henri de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon , et d'Elisabeth de Nassau , fille de Guillaume 1" , prince d'Orange.

On raconte qu'à douze ans il passa toute une nuit d'hiver endormf sur l'ailut d'un canon, protestant ainsi contre les craintes qu'inspirait aux siens la faiblesse de sa constitution. Il fit ses premièrels armes à treize ans, en Hollande, sous Maurice de Nassau, et sous le prince Henri, ses oncles (i6a5). C'est là que Turenne apprit à obéir avant de commander. Il lui fallut passer par tous les grades , et il n'était que simple officier lorsque Richelieu l'attacha à la France, en le nommant colonel; d'iut régiment d'infanterie ( i63o). Bientôt il le fit maréchal-de-camp, pour'priic de ses services en Lorraine. Son nom a déjà du retentissement en Alsace, en I^amlres.; en Piémont, il fit sa fameuse retraite de Quiers (ifîSg), soutenant avec deux mille hommes le choc de neuf mille Espagnols , et força les lignes ennemiçs devant Casai. Créé lieutenantgénéral, il fit la campagne du Ronssillon (iG^ii). A la mort de Richelieu et de Louis Xltl, il fut fait maréchal en Allemagne pour réparer le désastre de Duttlingen (i643). H réorganisa l'armée française, et le. duc d'Enghien lui dut en partie la victoire de Fribôurg. Battu à Mariendal , pour avoir dispersé ses quartiers, il prit sa revanche à Nordlingen, où il vainquit, avec Condé, l'armée bavaroise, commandée par Mercy. Il s'empara ensuite de Trêves , et y rétablit l'électeur. Après un court voyage à Paris, de retour en Allemagne, il se joint aux Suédois, sous les ordres de Wrangel, par une marche admirable, où il fit cent cinquante lieues en quinze jours , et iorce le duc de Bavière à demander la paix. Le duc viole ses promesses, et Turenne envahit la Bavière et menace Vienne (1648). La conclusion du traité de Westphalie sauva l'Autriche. C'est alors qu'éclata la ridictUe guerre de la Fronde , qui devait remettre en question le moi patrie.

Nommé gouverneur d'Alsace, Turenne ne s'en sépara pas moins de la cour, et se retira en Hollande. Revenu en France après la paix factice de Rueil, le maréchal de France disparut encore devant le prince de Sedan. Les séductions de la duchesse de Longueville ne contribuèrent pas peu à sa défection. Uni

aux Frondeurs , allié de l'Espagne, il entre en France avec luie armée , prend quelques places, et se fait battre, sous les murs de Rethel, par le duc de Praslin. Voyant combien peu il devait compter sur l'Espagne et sur ses mauvaises troupes, il se réconcilia avec la cour, qui ne demandait pas mieux, et la défendit avec gloire contre Condé et les Espagnols. « Vous venez une « seconde fois de mettre la couronne sur la tête de mon fils » , lui dit Anne d'Autriche. Après l'affaire de Gergeau , la bataille du faubourg Saint-Antoine ramena la cour à Paris ( i65a). Dans la campagne de i654, Turenne fait lever le siège d'Arras. Condé lui rendit la pareille à Valenciennes ; mais Turenne sut tout réparer par sa belle retraite sur le Quesnoy, et la victoire des Dunes ( i GSy) , qui détermina la paix des Pyrénées.

Turenne se fait cath>3lique en 1668. On apprécie diversement sa conversion. Pendant cet entr'acte de sa vie militaire, il rendit de grands services à Louis XIV, en lui suggérant les actes les plus habiles de la diplomatie d'alors. En 167^2 , il reparut sur le champ de bataille , et prit part à la conquête de la Hollande. Il fut envoyé en WestphaJie pour combattre MontécucuUi ; il l'empêcha de passer le Rhin, et força l'électeur de Brandebourg à la paix. Il pénétra jusqu'au cœur de l'Allemagne, étonna l'Europe par la hardiesse de son expédition, revint à la cour un instant , repassa le Rhin , et battit les ennemis à Sintzheim. C'est ici qu'il faut déplorer le ravage systématique du Palatinat. Après l'avoir mangé et ruiné sur la rive droite du Rhin , l'armée française rencontra sur la rive gauche les Impériaux, qui s'étaient prodigieusement renforcés, parla réunion des Hessois , des Saxons et de toutes les troupes de l'Empire. Louvois, effrayé, voulut que Turenne se repliât en diligence sur la Lorraine ; mais Turenne assume la responsabilité de l'admirable campagne de 16749 et avec vingt mille hommes , anéantit ime armée de soixante-dix mille. Dans la campagne de 1675, Turenne eut encore une fois devant lui le comte de MontécucuUi , et ces deux grands capitaines furent en présence pendant deux mois , calculant tous leurs mouvements, ne voulant rien donner au hasard, et déployant, sans combattre , tout ce que l'art et l'expérience la plus consommée de la stratégie peuvent offrir de ressources. Turenne le presse par d'habiles marches , et le force d'accepter la bataille, dont il tenait le gain pour infaillible. Le village de Salsbach allait être témoin d'une grande action, quand un boulet, tiré au hasard (27 juillet 1675), changea la face des choses. Le contreKîoup de la mort de Turenne fut terrible en France. MontécucuUi donna des larmes à Phonune qui faisait honneur à thomme , selon sa propre expression. Turenne , vu même après les guerres de la république et de l'empire, reste aussi grand , de l'aveu du meilleur juge, de Napoléon.

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