VILLARS
Villars ( Louis Hector, maréchal duc de ), fils du marquis de Villars, naquit à Moulins en i65i3. Page de la grande-écurie, aide-de-camp du maréchal de Bellefonds, son oncle, volontaire sous Condé et Turenne, cornette de chevaulégersde Bourgogne à dix-neuf ans, diplomate par ordre , soldat par goût , il gagna ses épaulettes de colonel d'un régiment de cavalerie à vingt et un ans, 1 674. Louvois voulait couper court à cet avancement rapide; Villars le désarme à force de courage sur les champs de bataille et de bonheur dans les négociations diplomatiques. Commissaire général de cavalerie, puis maréchal-decamp en 1689, il commanda dans les campagnes suivantes un corps de quinze mille hommes, qui formait en quelque sorte la réserve du maréchal de Luxembourg ; et il prit une grande part au glorieux combat de Leuze ( 1 69 1 ). Son ambassade à Vienne , après la paix ,de Ryswick , était à ses yeux une des plus belles époques de sa vie. Ses travaux et leur succès ne furent cependant pas appréciés à toute leur valeur. Aussi ne put-il dissimuler le dépit qu'il éprouva en voyant attribuer à d'autres l'avènement du petit-fils de Louis XIV au trône d'Espagne. Juge sévère de Villeroi et panégyriste de Catinat, il n'est chargé d'un commandement en chef qu'à l'âge de quarante-neuf ans, 1702. Il s'agissait d'opérer la jonction avec l'électeur de Bavière, àFridlingen; il est proclamé maréchal de France sur le champ de bataille, et le roi confirme , quinze jours après, le titre que la voix des soldats lui avait donné. Il joint enfin l'électeur de Bavière avec ses troupes victorieuses, et le force à vaincre dans les plaines d'Hochstedt, auprès de Donavert, ao septembre 1703. Mais,
las de le traîner à la remorque , il demande son rappel , et le voilà chai^ de la guerre des Cevennes. Une seule campagne lui suffit pour rétablir l'ordre, du moins à la surface, dans toutes les provinces agitées par les dissensions religieuses. Plus à l'aise en face de Marlborough qu'à la poursuite de Jean Cavalier , Villars n'a pas de plus grands ennemis qu'à Versailles. On ne croit pas à ses victoires, à ses hardiesses de tactique; tandis qu'il répare les fautes des autres, de Villeroi, de Tallard, on les lui prête toutes. Son rôle est d'être partotit où il y a du danger. « Je mets ma confiance en Dieu et en vous, » lui dit Louis XIV en l'embrassant; « mais je ne puis rien vous ordonner, puisque je ne puis rien vous donner, n La bataille de MaJplaquet, ii septembre 1709, où le mai'écbal fut blessé et mis bors de combat, une heure après l'engagement , eut pour contrepoids la bataille de Denain, qui sauva la France; et si le maréchal de Villars, dit Voltaire, avait joui de cette faveur populaire qu'ont eue quelques autres généraux, on l'eût proclamé à haute voix le sauveur de la France; mais on avouait à peine les obligations qu'on lui avait, et dans la joie publique d'im succès inespéré, l'envie prédominait encore. \a prise de Fribourg, 16 novembre 1713, termina dignement la campagne, et les préliminaires de la paix furent enfin signés le 7 mars 1714- Traité en César par l'Académie, dont il eut à honneur d'être membre, Villars s'occupa de son gouvernement de Provence. Opposé , sous la régence , au système de la quadruple alliance et aux innovations financières de LaiV, il se fit un ennemi de Dubois, mais le régent lui accorda toute sa confiance; Philippe V le fit grand d'Espagne de première classe, et le cardinal de Fleury voulut en vain l'écarter du conseil. Enfin il alla s'éteindre glorieusement à Turin avec la qualité de maréchal-général de France, au retour d'une campagne où il déploya toute l'ardeur, toute ta témérité d'un jeune homme, enviant toutefois le sort du maréchal de Berwick, qui venait d'être tué d'un coup de canon devant Philipsbourg. Villars était dans sa quatre-vingt-deuxième année, 17 juin 1734.